La démocratie en Afrique centrale, la grande oubliée de la diplomatie française! Par Mengue M'Eyaà

Afrique Connection | 03 / 02 / 2018 à 11:32

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La porte-parole de l'opposant gabonais Jean Ping, Mengue M'Eyaà (à gauche) et ses camarades "résistants" comme ils se définissent

 

En Tunisie, pays dans lequel M. Macron est venu apporter un soutien au pouvoir tunisien, le Président français s'est agacé d'une question posée par un journaliste au sujet d'un communiqué d'une ONG Human Rights Watcth portant sur des répressions policières :

« Il faut être exigeant, a-t-il précisé, car la République et la démocratie sont un combat permanent. » Il a appelé à « une juste proportion dans les dénonciations » afin d’éviter de « ravaler des démocrates même imparfaits au même rang que les despotes et les tyrans ».
(Le Monde – 1er février 2018).

Ainsi, il en est de pays comme la Tunisie dont le processus démocratique est analysé, commenté, justifié, et apprécié avec beaucoup d'attention. Pour autant, un peu au Sud de la Tunisie, en Afrique subsaharienne, au Gabon, le silence règne : pas un mot, pas un commentaire, pas une analyse...

Avons nous le malheur d'être seulement aux mains d'un pouvoir despotique définitivement hors d'atteintes des valeurs démocratiques à susciter ?

Nous avions eu le cynisme de l'ère Hollande, avec ses non-dits, ses silences approbateurs de la tyrannie, et finalement des gages apportés au maintien du clan Bongo.

Les jeunesses d'Afrique noire sont-elles moins importantes que la jeunesse tunisienne ?

Les jeunesses d'Afrique noire sont-elles moins importantes que la jeunesse tunisienne ? Comme l'écrit Le Monde : « Emmanuel Macron a annoncé la création d’un fonds de « soutien au développement, à l’entreprise et aux initiatives de la jeunesse » visant à lutter contre le chômage des jeunes diplômés, qui atteint 35 % dans le pays. Ce fonds, qu’il a présenté comme un « plan d’urgence », sera doté de 50 millions d’euros sur trois ans. »

Pour leur part, les jeunesses d'Afrique noire ne se résumeraient-elles pas, dans l'esprit des dirigeants français, aux hordes de réfugiés « économiques » de Calais et sur les côtes françaises prêtes à risquer leurs vies pour des emplois marginaux (au mieux) en Grande-Bretagne et en Europe ?

Ainsi s'installe une hiérarchie des peuples, ceux que l'on mérite de soutenir, le peuple tunisien, et ceux que l'on méprise ou que l'on regarde à peine, voire pas du tout. Sans parler de la population du Gabon, qui ne fait pas de bruit malgré les traitements dégradants et les morts que l'on compte par centaines, mais pensons aux populations du Togo, qui manifestent régulièrement au risque de se faire assassiner , aux populations de République démocratique du Congo, qui doivent vivre avec un « chef d'Etat » dont le mandat est achevé depuis 2016, et qui, tranquille, impose sa violence et son illégitimité au monde entier !

L'Union européenne avait voté une résolution sur le Gabon en même temps que sur la république démocratique du Congo. Pourtant, elle se heurte à l'Union africaine qu'elle finance pourtant. La préoccupation majeure de celle-ci est de conserver les privilèges des chefs d'Etats non élus dans leurs pays respectifs. L'attitude inamicale a été jusqu'à ne pas recevoir Jean Ping, ancien président de cette même commission de l'Union africaine. L'UA veut bien recevoir les fonds de l'Union européenne mais pas les principes fondateurs qui vont avec.

Le Président français est au Sénégal ce 2 février. A la clé une moisson de contrats pour les entreprises françaises, une fois de plus, et pour faire bien dans le paysage des initiatives sur l'éducation en y associant une chanteuse internationale, Rihanna, très curieusement prise à partie par des organisations islamistes qui ne supportent sans doute pas qu'une femme, noire, puisse être ainsi mise en valeur dans une action de développement, qui leur échappe. Auraient-elles réagi de la même façon s'il s'agissait d' Angelina Jolie?
Ah, l'obscurantisme et le complexe d'infériorité face aux personnalités dont la couleur de peau n'est pas noire a de beaux jours dans les organisations islamistes …
Rihanna met tout simplement sa notoriété au service de l'Education sur le continent.
ce qui est une cause noble.

Or, là est l'erreur macronienne, déverser des montagnes d'argent sur les pays africains, par le haut, est une erreur, car ces volumes injectés dans les institutions de ces pays ne font que transiter pour payer des entreprises françaises, dans le meilleur des cas, mais surtout dans des paradis fiscaux, ou bien dans la plupart des cas, comme au Gabon...

« le fanatisme n'est sans doute pas autre chose que le sentiment d'une fatalité effrayante qui se réalise par l'homme .La culture ,le savoir et l'éducation, rompent cette fatalité ! » disait le philosophe Alain.

En effet, et ce point est plutôt positif, l'éducation des jeunes filles voulant sortir de l'obscurantisme de leurs traditions rétrogrades, est un axe majeur de la politique du Président français.

Ne nous y trompons pas cependant! Toutes ces initiatives visent à empêcher les jeunes populations à penser à s'exiler. Or, là est l'erreur macronienne, déverser des montagnes d'argent sur les pays africains, par le haut, est une erreur, car ces volumes injectés dans les institutions de ces pays ne font que transiter pour payer des entreprises françaises, dans le meilleur des cas, mais surtout dans des paradis fiscaux, ou bien dans la plupart des cas, comme au Gabon, où l'évaporation financière est un sport national mené par le clan Bongo et ses affidés.

Pourquoi ce qui n' est supportable nulle part dans le monde le serait en Afrique noire et au Gabon ?

Les chroniques des détournements de fonds sont suffisamment fournies et connues désormais.
Les jeunesses africaines ne sont pas les destinataires prinicpaux de ces fonds mais bien les clans au pouvoir, notamment dans les pays sans gouvernance démocratique (la plupart des Etats d'Afrique subsaharienne).

Dans sa lettre de refus de participer aux travaux sur la francophonie, adressée au Président Macron, l'écrivain Alain Mabanckou,professeur au Collège de France, a bien mis en évidence la posture des dirigeants français, qui tiennent un double discours :

« Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet. »

A (re)voir également: MENGUE M'EYAA: « LE PEUPLE GABONAIS NE SE LAISSERA PAS FAIRE, NI AU PAYS NI DANS LA DIASPORA" (VIDÉO)

Refuser d'évoquer la gouvernance démocratique est dans la continuité des différentes présidences françaises, à l'exception du discours de la Baule de François Mitterrand. Il souhaitait que l'aide au développement soit conditionnée à la démocratie : c'était pour lui le seul moyen de rendre le développement certain, tout en respectant le droit des peuples africains à choisir ceux et celles qui les représentent. En fait entrer dans le nouveau monde !

De ce point de vue, la gestion d'Emmanuel Macron ne semble pas faire exception. La France ne serait-elle devenue qu'une firme multinationale, à la conquête des marchés extérieurs ?

En hommage à toutes les jeunesses africaines, ce texte,extrait de « l'étudiant », de Léopold Sédar Senghor,ancien Président-poète du Sénégal, qui ne s'est pas accroché au pouvoir et qui demeure un exemple pour toutes les jeunesses africaines :

« Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme,
Ma négritude vue et vie
Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing
Réécade.
Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe
Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
Ma tâche est d ‘éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole ! »

Mengue M'Eyaà

Porte-Parole de Jean Ping
Présidente du Mouvement Civique du Gabon
Présidente du Mouvement Civique des Femmes

Source:  Htpp://mouvementciviquedugabon2009.unblog.f

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