LA DEMOCRATIE SENEGALAISE, OTAGE DE L’AMBITION DE MACKY SALL

Afrique Connection | 09 / 04 / 2018 à 09:41

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Seybani Sougou

« Pour conjurer la prophétie annonçant son successeur au trône, le Pharaon ordonna de tuer tous les nouveaux nés, et futurs prétendants de sexe masculin. En vain. »

Un célèbre adage dit qu’on n’échappe pas à son destin. Depuis sa tour de contrôle du palais présidentiel, Macky Sall se substitue au Maître des poursuites (Procureur), emprisonne des opposants, élimine des prétendants à la magistrature suprême, (via une justice qui agit par procuration), réprime férocement les marches et manifestations légales organisées par des mouvements politiques ou citoyens, prive des millions de sénégalais du droit de vote (rétention des cartes d’électeurs) sous le regard médusé d’une Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) impuissante qui a perdu toute crédibilité, instaure la dictature de la pensée unique (seule l’APR est détentrice d’une vérité officielle qui a droit de cité au Sénégal), vassalise des pans entiers de l’administration, tente de modifier unilatéralement les règles du jeu du scrutin présidentiel de 2019 (parrainage citoyen), opère une mainmise totale sur le processus électoral, crée un climat de terreur dans le pays (menaces et intimidations à l’encontre de tous ceux qui émettent une note discordante) et pose tous les actes anti démocratiques censés, en principe, empêcher qu’un prétendant à la magistrature suprême lui succède au pouvoir.
Agissant comme un potentat à la tête d’un royaume, Macky Sall se comporte comme le maître du ciel et de la terre, convaincu de disposer d’un pouvoir de vie et de mort sur ses « sujets sénégalais ». Depuis son accession à la magistrature suprême, il se livre à un tripatouillage inédit de la Constitution, créant une situation d’insécurité juridique jamais connue par le Sénégal, depuis son indépendance. Faisant fi des multiples alertes émanant de Professeurs émérites, d’éminents Constitutionnalistes, de Professionnels du Droit, ou de membres de la société civile, Macky Sall fait montre d’une incroyable surdité, préoccupé par l’unique obsession de conserver le pouvoir. De la jeune artiste Amy Colé Dieng à la Journaliste Ouléye Mané, en passant par l’arrestation d’une élève de BFEM de 15 ans accusée du ridicule Chef d’inculpation « d’atteinte à la sûreté de l’Etat », Macky Sall porte atteinte aux libertés individuelles et collectives, multiplie les dérives avec la complicité de certaines élites terrées dans un mutisme assourdissant, et engage le Sénégal, dans une voie sans issue, synonyme de périls. A croire que le syndrome d’HUBRIS (maladie du pouvoir) qui affecte certains gouvernants, n’est pas loin.
Alors que l’instabilité guette le Sahel en raison de la menace djihadiste ; de sombres nuages s’amoncellent sur le devenir d’une démocratie sénégalaise fragile (en dépit de 2 alternances), devenue aujourd’hui l’otage d’un seul homme et de son ambition démesurée. Il faut savoir raison garder : l’histoire du Sénégal ne débute pas avec Macky et ne se termine pas avec son règne. Macky Sall n’est ni Dieu, ni son prophète, mais titulaire d’un mandat présidentiel à durée déterminée qui lui a été conféré démocratiquement et souverainement par le peuple sénégalais. Le projet de révision de la Constitution « le parrainage citoyen comme mode préalable (entre autres) de filtre des candidatures aux présidentielles de 2019 » constitue l’énième dérive. De « TROP ».

Dans une démocratie, la compétition doit être libre, transparente et loyale pour permettre aux citoyens de porter en toute liberté leur choix sur leurs gouvernants. Le choix du Président de la République du Sénégal est du ressort exclusif du peuple sénégalais. Macky Sall a hérité d’un système qui a largement fait ses preuves en 2000 et en 2012. Il ne lui appartient nullement de modifier unilatéralement les règles du jeu électoral à quelques encablures de la présidentielle. Une fuite en avant du camp présidentiel, qui traduit sans doute la crainte d’une déroute.

Que ce soit clair : aucune ambition présidentielle aussi légitime soit-elle ne justifie que l’on fasse basculer le Sénégal vers le « chaos ». C’est pourquoi, tous les citoyens sénégalais, toutes les forces vives de la Nation sont interpellés par la situation extrêmement grave que traverse le pays. Le silence coupable ne doit plus être de mise. Il convient de raisonner Macky Sall pendant qu’il est encore temps. Le journal Sud Quotidien, aux abonnés absents, depuis l’élection de Macky Sall doit retrouver son lustre d’antan et jouer son rôle de sentinelle. TFM suspectée de collusion avec le régime doit revoir sa ligne éditoriale (à sens unique), faire preuve d’impartialité et informer juste et vrai. Alors que l’émergence est à quai, que les hôpitaux sont dans un état de dénuement et de délabrement avancé, que le système éducatif est traversé par une crise profonde, que le chômage des jeunes atteint des proportions inquiétantes, que la pénurie d’eau affecte de nombreux quartiers de Dakar, que la mal gouvernance et le mauvais usage des deniers publics sont la marque du régime, certains médias complaisants devenus de simples succursales du « palais », continuent de relayer sans discernement, les communiqués faisant état d’un bilan « élogieux d’un PSE imaginaire, sans aucun impact dans la vie quotidienne des sénégalais ». Sans doute que ces médias seront mis à contribution lors de la campagne présidentielle.
A l’échelle internationale, il faut se féliciter que la Mairie de Paris (vœu du Conseil de Paris relatif à la création d’un Observatoire international des maires en danger) et l’Association des Maires Francophones aient clairement réitéré leur attachement à l’Etat de Droit, réaffirmé le principe d’un procès juste et équitable pour Khalifa Sall, rappelé la présomption d’innocence et exprimé leur solidarité à l’endroit du Maire de Dakar (présumé innocent jusqu’à preuve du contraire). Ce qui prouve que la communauté internationale n’est pas indifférente à ce qui se passe actuellement au Sénégal.
De manière globale, l’Union africaine (qui agit plus comme un syndicat de défense des intérêts des chefs d’Etats africains), la France (un pays qui a tissé des liens séculaires avec le Sénégal), l’Union Européenne, et les Etats-Unis doivent également jouer leur partition, en s’assurant que le scrutin présidentiel de 2019 se déroule de manière libre, démocratique et transparente, et reflète clairement la volonté du peuple sénégalais, issue des urnes. Il est primordial que les présidentielles de 2019 se déroulent sous la supervision d’observateurs nationaux et internationaux, de façon à garantir la sincérité du scrutin, et parer à toute velléité de fraude.
La forte publicité médiatique liée au recrutement de 1000 militaires, ou l’annonce de la mise en place d’un système de vidéo surveillance dans la capitale (Dakar et sa périphérie) ne peuvent compenser l’impopularité d’un régime, à bout de souffle. Gouverner, ce n’est pas « montrer ses biceps au peuple ». Tout le monde se souvient de l’ultime baroud d’honneur de l’ex Président Egyptien, Hosni Moubarak, qui, dans une impressionnante démonstration de force a fait survoler des avions de chasse dans la capitale (Caire) pour intimider la foule de manifestants. En vain.
A la veille des présidentielles de 2012, le candidat Macky Sall appelait publiquement à la désobéissance civile et à la « révolte » pour faire face au régime de WADE. Aujourd’hui, l’homme politique Barthélémy DIAS est arrêté et jugé par le régime de Macky Sall, entre autres pour "provocation directe à un attroupement non armé". Comme un boomerang, l’histoire vient rappeler brutalement au Président Macky Sall, ses propos d’hier. Il ne faut point en douter : en matière d’exercice du pouvoir, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.
Malgré des turbulences, le Sénégal entend demeurer un pays où les citoyens jouissent de la plénitude de leurs droits et choisissent librement leurs gouvernants.
Disons-le sans détour : la démocratie sénégalaise ne saurait être otage de l’ambition d’un Homme (Macky Sall), et de son clan.

Seybani SOUGOU – E-mail : sougouparis@yahoo.fr

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