Développement économique en Afrique : appuyer sur l’accélérateur !

Afrique Connection | 14 / 11 / 2017 à 11:13

La France doit mobiliser l’Europe pour une action puissante et concrète en Afrique en massifiant et concentrant l’investissement sur la création d’emplois avec trois priorités : la transition énergétique, les infrastructures de mobilité et la transformation digitale. Par Gilles Babinet, entrepreneur dans le numérique, Digital Champion auprès de la Commission européenne ; Yves Biyah, président Club Afrique Anciens Insead, directeur des Opérations Groupe Jeune Afrique ; et Fabrice Le Sache, président co-fondateur Aera Group .

Nombreuses sont les initiatives à destination du continent. La dernière en date, « Compact With Africa », annoncée en juin 2017 par le gouvernement allemand et soutenue par le G20, démontre une volonté manifeste d'agir pour contribuer à la transformation du continent. Mais cette détermination qui s'ancre dans des projets interétatiques souffre d'un manque de coordination avec les entreprises qui nouent, quotidiennement, le lien entre nos deux continents.

C'est d'autant plus regrettable que le secteur privé est intéressé au premier plan : l'Afrique dispose d'atouts uniques pour les entreprises qui s'y développent : marges commerciales importantes, retours sur investissements courts, main-d'œuvre disponible, marché intérieur en croissance.

Création d'emplois, priorité vitale

Mais un taux de croissance, même rapide, ne peut être constitutif, par lui-même, de développement humain pourtant essentiel à l'enracinement d'investissements pérennes. La stabilité sociale, que nécessite des projets de long terme, requiert une insertion réussie des jeunes actifs sur le marché du travail. Et la création d'emplois est une priorité vitale pour un continent dont 60% de la population a moins de 25 ans et qui comptera 4 milliards d'habitants à la fin du siècle. L'accès à l'emploi est d'autant plus névralgique que d'autres facteurs déstabilisateurs peuvent rompre les équilibres sociaux: migrations incontrôlées, risques climatiques et terrorisme entre autres maux.

La Chine n'est pas le premier partenaire commercial de l'Afrique

Quelle que soit la perspective choisie, l'émergence africaine est donc une priorité pour l'Europe et ce mouvement doit entraîner nos entreprises aux côtés des entreprises africaines. L'Europe est le premier partenaire commercial de l'Afrique, pour un volume deux fois supérieur à la Chine dont on parle tant, mais nos États coordonnent peu leurs initiatives entraînant une déperdition d'énergie et une absence d'outils européens visibles et efficaces. L'Europe est pourtant l'échelon pertinent pour disposer d'un levier politique et économique car elle rationalise et multiplie notre force : masse de financement disponible, offres exhaustives de filières, solutions technologiques diversifiées.

Dans un monde multipolaire et interconnecté aucun pays ne peut seul résoudre des problèmes globaux. Les alliances sont nécessaires et la puissance d'un État contemporain s'étaye à sa capacité de les porter.

Un projet européen d'ampleur, coordonné avec l'Union africaine

Dans ce contexte, la France peut et doit initier un projet européen d'ampleur, coordonné avec l'Union Africaine, en massifiant et concentrant l'investissement sur la création d'emplois avec trois priorités : la transition énergétique, les infrastructures de mobilité et la transformation digitale.

Ces secteurs sont pivots car ils peuvent créer des gisements d'emplois par eux-mêmes et par ricochet : produire une énergie stable et compétitive promeut le développement de l'industrie, transporter facilement des denrées soutient les activités agricoles, déployer des solutions digitales crée de nouveaux flux, par exemple financiers.

5 actions immédiates

Le continent n'est pas contraint par un poids excessif de l'héritage préexistant qui déterminerait de façon orientée ses choix futurs ou les freineraient. Cette liberté de penser et d'appliquer de nouveaux modèles peut engendrer innovation et puissance économique. Saisissons ces opportunités et appuyons-les.

Nous proposons 5 actions immédiates :

1/ Un prêt de 100 000 euros pour 100 000 PME africaines : ce dispositif vise la création d'un million d'emplois par an en concentrant les prêts sur des entreprises réalisant entre 300 000 € et 1 M€ de chiffre d'affaires annuel. Des lignes de refinancement dédiées à taux fixe seraient octroyées aux banques locales et agences de micro-crédit partenaires. Ce mécanisme, outre l'impact sur des seuils d'entreprises précis, permettrait également de renforcer les écosystèmes financiers locaux tout en étant immédiatement déployable. Les prêts intégreront la transformation digitale comme levier de développement de ces PME.

2/ Investir 0,5% du PIB de l'UE par an durant 5 ans pour financer à 100% des projets énergétiques et logistiques stratégiques en Afrique et ce sous l'égide de consortiums euro-africains pour le développement et exploitation.

3/ Dédier une enveloppe de 10 milliards d'euros à des projets choisis par les citoyens via une votation sécurisée en ligne. Une pré-sélection étant effectuée par les bailleurs et visant les infrastructures de mobilité locales et les systèmes énergétiques de dernier kilomètre.

4/ Créer un système européen de transfert d'argent pour diminuer drastiquement les coûts de transfert et exercer une pression directe sur la concurrence. En 2016, la diaspora a envoyé 60 milliards d'euros en Afrique, pour des coûts de transactions compris entre 10% et 15% du montant transféré.

5/ Créer un indice de référence de bonne gouvernance économique fléchant les financements. Cet indice pourrait prendre en compte notamment la lutte contre la corruption, le niveau des inégalités, les transitions démocratiques et s'inspirer ou s'appuyer sur les travaux d'organisations reconnues en la matière comme la fondation Mo Ibrahim, afin que les Pays les plus volontaristes soient réceptacles de financements accrus.

Par Gilles Babinet, Yves Biyah et Fabrice Le Sache (source: (La tribune)

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