Sylvain Baize, directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l'Institut Pasteur de Lyon

« On ne va jamais éradiquer le virus Ebola de l'Afrique »

Afrique Connection | 01 / 09 / 2014 à 10:15

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Sylvain Baize

Alors que l'Afrique occidental est en train de se battre pour venir à bout du virus Ebola qui décime la région depuis le début de l'année, le continent, même en cas de victoire dans la bataille actuelle, restera toujours une proie facile pour ce virus. C'est la précision faite par un spécialiste, Sylvain Baize, qui défend qu'Ebola ne sera « jamais éradiqué de l'Afrique ».

Même si le virus Ebola est définitivement contenu dans les 6 à 9 mois estimés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le risque d'une nouvelle épidémie sera toujours là. Comme une épée de Damoclès sur la tête des Africains. C'est le Directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l'Institut Pasteur de Lyon qui donne l'avertissement. Lors d'une conférence de presse tenue vendredi à Paris, Sylvain Baize s'est montré catégorique sur cette question. « On ne va jamais éradiquer le virus Ebola de l'Afrique. Ça, ce n'est pas possible. Il est présent depuis des milliers d'années dans la forêt tropicale, là où il y a un grand réservoir de chauves-souris, et il y sera toujours présent », a-t-il fait remarquer. « La meilleure façon d'empêcher de nouvelles introductions chez l'homme, c'est de changer certaines habitudes de chasse qui sont vraiment les principaux vecteurs de transmission chez l'homme », conseille le spécialiste, qui a séjourné en Guinée au mois de mars, alors que l'Institut Pasteur de Lyon venait à peine de mettre un nom (Ebola) sur la maladie « mystérieuse » qui tuait des personnes en Guinée forestière depuis décembre 2013.
« Finalement, pour éviter les transmissions, c'est très facile : il suffit donc d'arrêter d'avoir des contacts avec des singes ou des chauves-souris », insiste-t-il.

CONTAMINATION IMPOSSIBLE DANS L'AVION

Sylvain Baize a également évoqué les circonstances dans lesquelles se fait la transmission, en expliquant que le risque de contamination dans l'avion est peu probable, même si des fiévreux embarquaient à bord. « La transmission du virus Ebola n'est possible que si la personne est bien malade. À l'aéroport, on filtre les passagers pour ne pas embarquer les malades. Le risque qu'il y a, c'est d'être en face d'un passager en phase d'incubation. Et même là, il n'y a aucun risque parce que la maladie n'est pas contagieuse en phase d'incubation (dans les 21 premiers jours) », précise t-il. Avant de poursuivre : « À partir du moment où vous éliminez les malades des avions, vous éliminez aussi les risques avec, parce que les passagers malades ne vont pas développer la maladie dans l'avion. Même s'ils avaient une fièvre élevée, ils ne présenteraient aucun risque pour les passagers ». Et pour cause. En effet, d'après Sylvain Baize, il y a peu de chance qu'un passager soit en contact avec les fluides biologiques d'un malade : selles, vomissures et salives qui sont les plus contaminants, et la sueur qui est moins contaminante. « Donc, si la personne a juste de la fièvre, vous avez peu de chance d'être contaminé. Mais il faut tout de même éviter le contact, parce que potentiellement, c'est contaminant », prévient le spécialiste.

LA PERIODE D'INCUBATION DE 21 JOURS NE SERAIT QUE THEORIQUE

Ces derniers temps, l'on a beaucoup entendu parler de période d'incubation, qui est la fourchette (de 3 à 21 jours) dans laquelle une personne peut tomber malade d'Ebola après avoir été en contact avec un malade. Sur ce point, le spécialiste de l'Institut Pasteur de Lyon a apporté des précisions : "Quand on dit 21 jours pour la période d'incubation, c'est des chiffres théoriques. On ne voit jamais quelqu'un tomber malade au bout de 21 jours, ce sera vraiment une exception. C'est un délai un peu extrême. Mais généralement les gens tombent malades au bout 5, 6, 13 jours. C'est dans cette fourchette."

Faisant une comparaison entre l'Afrique occidentale et la République démocratique du Congo, où le virus vient de faire son retour, Sylvain Baize estime que l'épidémie devrait être circonscrite « très rapidement » dans ce dernier pays. Parce que, justifie-t-il, en RDC le virus est apparu dans une zone très isolée (la province de l'Equateur), avec peu d'infrastructures routières, ce qui ne facilite donc pas les déplacements de malades pour aller dans d'autres régions.
« La Guinée et le Liberia paient finalement le prix d'un développement plus avancé, c'est-à-dire le fait d'avoir des routes à côté, et des gens qui bougent beaucoup », argumente-t-il.

Thierno DIALLO

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