Sénégal : l'allégeance forcée de Moustapha Niasse à Macky Sall

Afrique Connection | 03 / 03 / 2014 à 01:22

Par le biais d'une tribune fleuve publiée dans la presse sénégalaise, le Président de l'Assemblée nationale, Moustapha Niasse, est venu rappeler, à qui veut l'entendre, que son compagnonnage avec le chef de l'Etat est des plus sincères. Une démarche aux allures d'une allégeance forcée, compte tenu du contexte politique.

 

Eu égard à son statut, il s'est fait rare dans les médias. Mais, dans l'euphorie générale qui accompagne les milliards du Club de Paris, le Président de l'Assemblée nationale a jugé nécessaire de sortir de sa réserve pour apporter son grain de sel. Ou plutôt son encre mielleuse dans une boîte à commentaires déjà sucrée. Car, il faut le souligner, depuis de longs mois, les personnalités de la « Mackysie » (ministres, députés, directeurs de sociétés, chefs de parti...) rivalisent à qui vante le mieux la « prouesse » du prince Sall d'avoir sorti de ses méninges un programme de développement qui sort (enfin) le Sénégal de l'indigence. Et depuis une semaine, et le passage du Président et de son gouvernement au Club de Paris, où ils ont déroché des milliards et des milliards pour financer le Plan Sénégal Émergeant (PSE), les mêmes se bousculent devant les caméras, sur les ondes, dans les colonnes et la toile, pour répéter, rabâcher, parce que pensant croyant ne pas être entendus chez l'autre. Tous, et même certains députés de l'opposition (peut-être sur la forme), sauf Moustapha Niasse. Alors, le Président de l'Assemblée nationale pouvait-il pendre le risque de continuer à se taire, au risque d'être poussé à se défaire ? Lui, que les francs-tireurs du Palais et de la VDN surveillent comme du lait sur le feu, auscultant tous ses faits et gestes, allait-il donc susciter, sans le vouloir, un nouveau débat (gratuit) sur sa loyauté, par des commentaires du genre « tout le monde a salué la victoire du Président sauf lui » ? Moustapha Niasse en a déjà avalé, des couleuvres. Il luit fallait donc se joindre dans la danse. C'est une obligation « républicaine ». Une re-allégeance forcée, pour ne pas se créer des ennuis. Mais, en même temps, il y a un hic. Car, si tenté soit-il de dire aussi- pour que tout le monde le sache-les bienfaits du Plan Sénégal Emergent (PSE), de saluer l'imagination fertile de « Son Excellence Monsieur Le Président de la République », il fallait, au préalable, avoir trouvé la bonne formule. La manière. Le canevas de la communication. Parce que, sans doute, le Président de l'Assemblée nationale a longtemps cogité sur cette convenance républicaine qu'il s'est fixée de respecter à la lettre L, et qui vaut qu'une personnalité de son rang ne « fait pas d'interview dans la presse », pour un souci d'équité. Pour éviter de faire entorse à cet esprit, Moustapha Niasse a donc coupé la poire en deux : parler dans la presse, sans pour autant parler à un journaliste par le biais d'une interview. Donc, se faire entendre sans bousculer les codes. 

 "Cet effort récompensé est le fruit d'un long travail méthodique et professionnel"

La formule choisie fut donc une contribution par laquelle le Président de l'Assemblée nationale a livré sa pensée, à réitérer son soutien au Chef de l'Etat, à marteler son adhésion totale à sa politique, à saluer le courage mais aussi la pertinence de son idée de PSE qui a mis à genoux les bailleurs du monde entier. Et non sans en profiter (parce que ce n'est pas tous les jours qu'il en a l'occasion), au passage, pour égratigner l'ancien régime d'Abdoulaye Wade. Moustapha Niasse signe: "les prouesses réussies et les actes posés par le Président Macky Sall et son gouvernement sont dignes d'être salués dans un premier temps, pour stabiliser économiquement et donc politiquement le pays à la suite du lourd héritage laissé par le régime précédent. Ce sont là des signaux qui incitent à l'optimisme et à la mobilisation de tous. Il ne s'agit pas de refaire l'histoire, mais de pointer du doigt les tendances lourdes qui étaient catastrophiques avant le 25 mars 2012 (date de l'élection de Macky Sall, NDLR). Ce travail, qui peut paraître fastidieux, était nécessaire et il a été mené avec courage et détermination. Il a été couronné de succès ; même si la dynamique enclenchée doit être renforcée dans la nouvelle phase qui s'ouvre maintenant. Car, après la stabilisation, il faut un second temps, pour relancer et pousser la machine économique à plein régime."

Le Secrétaire général de l'Alliance des forces du progrès (AFP) de poursuivre sur le même tempo : "les voyages mémorables que vient d'effectuer le Président de la République en Chine et en France pour le Groupe consultatif (le 24 février, NDLR), ont permis d'obtenir de nos partenaires, des engagements d'environ 6.000 milliards de francs CFA (du jamais vu) pour financer des centaines de projets dans de nombreux domaines, notamment ceux qui touchent à des choix structurants pour l'économie nationale. Pour susciter et maintenir la flamme de l'espoir, avec les réalisations concrètes qui vont favoriser l'emploi massif des jeunes dans les villes et dans les campagnes. Cet effort récompensé est le fruit d'un long travail méthodique et professionnel mené de main de maître par un Président totalement dévoué à la cause nationale."

Tempérer les ardeurs des boutefeux du Président Sall

Et comme pour réitérer son soutien sans faille, son inscription dans le long terme, dans le cadre de la coalition gouvernementale dénommée Benno-Bokk-Yakaar (Unis pour le même espoir, en wolof), le Président de l'Assemblée nationale précise, sans doute à l'endroit des boutefeux du parti au pouvoir, l'Alliance pour la République (APR), qui, sporadiquement, tentent de « semer la confusion » dans ses rapports avec le président de la République dans le but que ce dernier le débarque du perchoir : "nous qui l'avons soutenu sans réserve, et qui continuons de le faire avec une sincérité totale et un engagement rigoureux, savons qu'il a conscience de ses responsabilités et se donne tous les moyens pour réussir pour le Sénégal. Son slogan « la Patrie avant le Parti », il le vit pleinement, montrant au pays tout entier, un exemple de leadership courageux, lucide et pleinement assumé. Il ne sera pas seul dans ce combat, dans cette croisade contre la pauvreté la pauvreté, le sous-équipement, la précarité et la malgouvernance."

En tous les cas, Moustapha Niasse, par sa démarche, aura réussi à rassurer sur sa sincérité. À faire comprendre à ceux qui chercheraient à lui poser des peaux de banane, que son silence ne signifie pas qu'il n'adhère pas à la politique du patron. À tempérer les ardeurs de ceux qui n'ont d'yeux que pour son fauteuil. Mais, pour combien de temps ?

Thierno DIALLO

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