Asmaou Diallo, une défenseuse des droits de l’Homme au parcours atypique

Afrique Connection | 04 / 03 / 2014 à 07:25

Agronome de formation, enseignante par nécessité, rien ne prédestinait Asmaou Diallo au combat qui lui a valu d’être connue aujourd’hui. Il y a cinq ans environ, elle perdait son fils dans les massacres du stade 28 septembre où plus de 150 morts tombaient sous les balles des militaires au pouvoir à l’époque et des centaines de femmes se faisaient atrocement violer . Depuis, elle se bat jour et nuit pour que justice soit faite pour toutes les victimes.

 

Originaire de la préfecture de Mali, située au nord-est de Conakry dans la région de la Moyenne Guinée, Asmaou Diallo est née en septembre 1959, un an après l’accession à l’indépendance de la Guinée. Issue d’une famille intellectuelle dont le père, Souleymane Diallo était de la première génération des médecins de l’Afrique Indépendante, la jeune Asmaou découvre le chemin de l’école primaire puis secondaire dans la ville de Forécariah au sud-ouest de Conakry. Imperturbable et engagée, cette quinquagénaire que l’histoire a parachutée dans l’activisme des droits de l’homme, a connu un parcours atypique. Admise au baccalauréat en 1978, la jeune femme que le cours de la vie a  changé le destin, fut orientée par les autorités de l’enseignement guinéen de l’époque, à la faculté agronomique de Mali, où elle sortira avec un diplôme d’agronome. Asmaou Diallo, comme un grand nombre de jeunes cadres guinéens de cette époque, a dû suivre le programme de l’éducation nationale qui favorisait le développement de l’agriculture tel que le préconisait le président Ahmed Sékou Touré. Mais la jeune diplômée, elle, a du se frayer un Chemin loin du monde agronomique. Faute de moyens ou manque de goût pour le travail de la terre ? Dame Diallo trouve une explication : ‘’en Guinée, généralement quand tu optes pour quelque chose, tu travailles dans un autre domaine’’, dit-elle. Avec les tracasseries, pour entrer à la fonction publique, celle que les évènements tragiques du 28 septembre 2009, ont transformé en défenseuse des droits de l’Homme, choisit le chemin le plus court pour y accéder. Passer par l’enseignement. ‘’J'ai cherché, dit-elle, à intégrer la fonction publique et travailler au ministère de l’Agriculture à l’époque, mais je n’ai pas eu les possibilités. Ce n’était pas facile. Je me suis dit qu’il faut passer par l’enseignement pour vite intégrer la fonction publique. C’est ainsi que j’ai fait l’École Normale des Instituteurs de Conakry (ENI) pour rapidement intégrer la fonction publique. Et, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis dans l’Education’’, explique-t-elle. Après quinze années passées dans l’enseignement, « avec amour et abnégation », elle finira par être mutée au ministère de l’Alphabétisation, aujourd’hui affilié au ministère de l’Enseignement pré-universitaire. 

Rien ne prédestinait au départ Asmaou Diallo à être une militante des Droits de l’Homme. Mais, déchirée par la perte tragique et cruelle de son fils ainé, âgé de trente-trois ans, elle s’est vue obligée, en dépit des douleurs qu’elle ressent, de s’armer de courage pour combattre afin d’obtenir justice pour toutes les victimes de ces violences macabres du 28 septembre 2009. Ce jour-là, en effet, plus de cent cinquante personnes avaient été tuées le 28 septembre 2009 au stade de Conakry lors d’un meeting organisé par la classe politique et le mouvement social guinéen pour protester contre les velléités du chef de la junte militaire d’alors, le capitaine Moussa Daddis Camara de se présenter aux élections présidentielles de 2010. Plusieurs centaines de femmes ont également été violées lors de cette expédition punitive orchestrée par des éléments de la garde présidentielle et d’autres militaires sous les commandes d’officiers proches du capitaine Camara, actuellement en exil au Burkina Faso. ‘’ Depuis la disparition de mon fils, j’ai compris qu’il fallait absolument travailler dans le domaine des droits de l’Homme, parce que c’est très dur de voir un être cher disparaître dans des conditions non-souhaitables. Je suis obligée de me ranger dans ce domaine pour que justice soit faite’, explique-t-elle sur un ton ferme. Depuis ces évènements tragiques, Asmaou est sur le terrain à la recherche de la vérité sur ces massacres. « Je cherche à avoir la vérité pour toutes les femmes qui ont été victimes de violence dans ce stade’. 

 Combattante et plein d’espoir

Pour bien mener son combat, elle fonda avec bien d’autres victimes, le 05 octobre 2009, l’Association des victimes du 28 septembre, dénommée AVIPA (association des victimes, parents et amis des massacres du 28 septembre 2009), dont elle préside depuis. Calme, mais armée de détermination, elle compte poursuivre sa lutte, quel que soit le temps que cela va prendre. ‘’Je demande aussi aux autres victimes de ne pas se laisser abattre, d’avoir la force d’aller de l’avant. Particulièrement, c’est ce qui m’anime à mener ce combat, c‘est parce que je tiens vraiment à avoir une vérité, je tiens à ce que ce peuple ne subisse plus comme ce qui s’est passé au stade. Certes ça va prendre du temps, mais ça ira’ Malgré la lenteur de l’enquête judiciaire engagée en 2010 par le gouvernement guinéen sous la pression de la Cour pénale internationale (CPI), sa foi et son courage lui donnent l’optimisme de voir ‘’les bourreaux traduits un jour devant les tribunaux pour répondre de leurs actes. ‘’ Il y a 380 victimes que les juges ont écouté, mais nous pensons qu’il y a une lenteur, parce que près de cinq ans maintenant, il n’y a que huit inculpations au niveau des accusés. Et ce n’est vraiment pas suffisant’, soutient-elle. Depuis la mise en place de son association en 2009, elle se bat avec l’aide des volontaires pour venir en assistance aux ‘’ victimes malades’ des évènements du 28 septembre. 

Avec le soutien du Haut Commissariat des Droits de l’Homme, révèle-t-elle, son association a pu mettre en place des centres d’apprentissage pour les femmes dans plusieurs métiers, dont la saponification, la teinture et la coiffure, pour leur réinsertion sociale. ‘’De nos jours, plus de 110 femmes ont eu des diplômes dans ces métiers. Et avec le fond de consolidation de la paix, on a pu mettre en place deux coopératives pour les femmes qui ont appris la saponification et la teinture, on a mis du matériel à leur disposition et elles ont commencé à travailler’, avance-t-elle avec satisfaction. Toutefois, l’association reste confrontée à quelques difficultés. Beaucoup de femmes victimes de viols lors de ces évènements, ont encore des séquelles. Les traumatismes sont encore présents chez certaines victimes. D’autres sont répudiées par leurs maris ou tout simplement leurs familles. Avec ces cas, l’association ne compte que sur les services humanitaires d’une clinique privée, le Centre Mère et Enfant, où travaille une psychologue française avec le fonds de Genève sur la torture. Combattante et plein d’espoir, l’institutrice mère de cinq enfants, dont un décédé au stade du 28 septembre, demande plus de volontés politiques de la part des autorités actuelles pour avancer le dossier. ‘’Nous demandons  à l’Etat et au gouvernement de prendre conscience et d’accepter que justice soit faite maintenant parce que s’il y a la volonté politique ça peut aller vite. Quoique, nous allons poursuivre la lutte jusqu’à ce qu’on ait cette justice’, assure-t-elle. Il a fallu les événements du 28 septembre 2009 pour chasser les militaires au pouvoir, aime-t-elle rappeler au pouvoir actuel. Ceci dit, ce dossier devait être une priorité du président de la République, affirme la jeune dame. ‘’C'est un dossier vraiment facile à travailler par ce que les victimes sont là, les bourreaux aussi sont facile à identifier. Nous comptons vraiment sur l’Assemblée Nationale qui vient de prendre fonction sur ce cas précis. Nous espérons qu’un jour, justice sera fait !’’ Bien versée dans la défense des droits humains, elle ne désespère pas, néanmoins, de travailler, un jour, dans l’agronomie, son cursus de prédilection. 

Lansana SOUMAH, correspondant à Conakry

Asmaou Diallo, une défenseuse des droits de l’Homme au parcours atypique

Afrique Connection | 04 / 03 / 2014 à 07:25

Agronome de formation, enseignante par nécessité, rien ne prédestinait Asmaou Diallo au combat qui lui a valu d’être connue aujourd’hui. Il y a cinq ans environ, elle perdait son fils dans les massacres du stade 28 septembre où plus de 150 morts tombaient sous les balles des militaires au pouvoir à l’époque et des centaines de femmes se faisaient atrocement violer . Depuis, elle se bat jour et nuit pour que justice soit faite pour toutes les victimes.

 

Originaire de la préfecture de Mali, située au nord-est de Conakry dans la région de la Moyenne Guinée, Asmaou Diallo est née en septembre 1959, un an après l’accession à l’indépendance de la Guinée. Issue d’une famille intellectuelle dont le père, Souleymane Diallo était de la première génération des médecins de l’Afrique Indépendante, la jeune Asmaou découvre le chemin de l’école primaire puis secondaire dans la ville de Forécariah au sud-ouest de Conakry. Imperturbable et engagée, cette quinquagénaire que l’histoire a parachutée dans l’activisme des droits de l’homme, a connu un parcours atypique. Admise au baccalauréat en 1978, la jeune femme que le cours de la vie a  changé le destin, fut orientée par les autorités de l’enseignement guinéen de l’époque, à la faculté agronomique de Mali, où elle sortira avec un diplôme d’agronome. Asmaou Diallo, comme un grand nombre de jeunes cadres guinéens de cette époque, a dû suivre le programme de l’éducation nationale qui favorisait le développement de l’agriculture tel que le préconisait le président Ahmed Sékou Touré. Mais la jeune diplômée, elle, a du se frayer un Chemin loin du monde agronomique. Faute de moyens ou manque de goût pour le travail de la terre ? Dame Diallo trouve une explication : ‘’en Guinée, généralement quand tu optes pour quelque chose, tu travailles dans un autre domaine’’, dit-elle. Avec les tracasseries, pour entrer à la fonction publique, celle que les évènements tragiques du 28 septembre 2009, ont transformé en défenseuse des droits de l’Homme, choisit le chemin le plus court pour y accéder. Passer par l’enseignement. ‘’J'ai cherché, dit-elle, à intégrer la fonction publique et travailler au ministère de l’Agriculture à l’époque, mais je n’ai pas eu les possibilités. Ce n’était pas facile. Je me suis dit qu’il faut passer par l’enseignement pour vite intégrer la fonction publique. C’est ainsi que j’ai fait l’École Normale des Instituteurs de Conakry (ENI) pour rapidement intégrer la fonction publique. Et, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis dans l’Education’’, explique-t-elle. Après quinze années passées dans l’enseignement, « avec amour et abnégation », elle finira par être mutée au ministère de l’Alphabétisation, aujourd’hui affilié au ministère de l’Enseignement pré-universitaire. 

Rien ne prédestinait au départ Asmaou Diallo à être une militante des Droits de l’Homme. Mais, déchirée par la perte tragique et cruelle de son fils ainé, âgé de trente-trois ans, elle s’est vue obligée, en dépit des douleurs qu’elle ressent, de s’armer de courage pour combattre afin d’obtenir justice pour toutes les victimes de ces violences macabres du 28 septembre 2009. Ce jour-là, en effet, plus de cent cinquante personnes avaient été tuées le 28 septembre 2009 au stade de Conakry lors d’un meeting organisé par la classe politique et le mouvement social guinéen pour protester contre les velléités du chef de la junte militaire d’alors, le capitaine Moussa Daddis Camara de se présenter aux élections présidentielles de 2010. Plusieurs centaines de femmes ont également été violées lors de cette expédition punitive orchestrée par des éléments de la garde présidentielle et d’autres militaires sous les commandes d’officiers proches du capitaine Camara, actuellement en exil au Burkina Faso. ‘’ Depuis la disparition de mon fils, j’ai compris qu’il fallait absolument travailler dans le domaine des droits de l’Homme, parce que c’est très dur de voir un être cher disparaître dans des conditions non-souhaitables. Je suis obligée de me ranger dans ce domaine pour que justice soit faite’, explique-t-elle sur un ton ferme. Depuis ces évènements tragiques, Asmaou est sur le terrain à la recherche de la vérité sur ces massacres. « Je cherche à avoir la vérité pour toutes les femmes qui ont été victimes de violence dans ce stade’. 

 Combattante et plein d’espoir

Pour bien mener son combat, elle fonda avec bien d’autres victimes, le 05 octobre 2009, l’Association des victimes du 28 septembre, dénommée AVIPA (association des victimes, parents et amis des massacres du 28 septembre 2009), dont elle préside depuis. Calme, mais armée de détermination, elle compte poursuivre sa lutte, quel que soit le temps que cela va prendre. ‘’Je demande aussi aux autres victimes de ne pas se laisser abattre, d’avoir la force d’aller de l’avant. Particulièrement, c’est ce qui m’anime à mener ce combat, c‘est parce que je tiens vraiment à avoir une vérité, je tiens à ce que ce peuple ne subisse plus comme ce qui s’est passé au stade. Certes ça va prendre du temps, mais ça ira’ Malgré la lenteur de l’enquête judiciaire engagée en 2010 par le gouvernement guinéen sous la pression de la Cour pénale internationale (CPI), sa foi et son courage lui donnent l’optimisme de voir ‘’les bourreaux traduits un jour devant les tribunaux pour répondre de leurs actes. ‘’ Il y a 380 victimes que les juges ont écouté, mais nous pensons qu’il y a une lenteur, parce que près de cinq ans maintenant, il n’y a que huit inculpations au niveau des accusés. Et ce n’est vraiment pas suffisant’, soutient-elle. Depuis la mise en place de son association en 2009, elle se bat avec l’aide des volontaires pour venir en assistance aux ‘’ victimes malades’ des évènements du 28 septembre. 

Avec le soutien du Haut Commissariat des Droits de l’Homme, révèle-t-elle, son association a pu mettre en place des centres d’apprentissage pour les femmes dans plusieurs métiers, dont la saponification, la teinture et la coiffure, pour leur réinsertion sociale. ‘’De nos jours, plus de 110 femmes ont eu des diplômes dans ces métiers. Et avec le fond de consolidation de la paix, on a pu mettre en place deux coopératives pour les femmes qui ont appris la saponification et la teinture, on a mis du matériel à leur disposition et elles ont commencé à travailler’, avance-t-elle avec satisfaction. Toutefois, l’association reste confrontée à quelques difficultés. Beaucoup de femmes victimes de viols lors de ces évènements, ont encore des séquelles. Les traumatismes sont encore présents chez certaines victimes. D’autres sont répudiées par leurs maris ou tout simplement leurs familles. Avec ces cas, l’association ne compte que sur les services humanitaires d’une clinique privée, le Centre Mère et Enfant, où travaille une psychologue française avec le fonds de Genève sur la torture. Combattante et plein d’espoir, l’institutrice mère de cinq enfants, dont un décédé au stade du 28 septembre, demande plus de volontés politiques de la part des autorités actuelles pour avancer le dossier. ‘’Nous demandons  à l’Etat et au gouvernement de prendre conscience et d’accepter que justice soit faite maintenant parce que s’il y a la volonté politique ça peut aller vite. Quoique, nous allons poursuivre la lutte jusqu’à ce qu’on ait cette justice’, assure-t-elle. Il a fallu les événements du 28 septembre 2009 pour chasser les militaires au pouvoir, aime-t-elle rappeler au pouvoir actuel. Ceci dit, ce dossier devait être une priorité du président de la République, affirme la jeune dame. ‘’C'est un dossier vraiment facile à travailler par ce que les victimes sont là, les bourreaux aussi sont facile à identifier. Nous comptons vraiment sur l’Assemblée Nationale qui vient de prendre fonction sur ce cas précis. Nous espérons qu’un jour, justice sera fait !’’ Bien versée dans la défense des droits humains, elle ne désespère pas, néanmoins, de travailler, un jour, dans l’agronomie, son cursus de prédilection. 

Lansana SOUMAH, correspondant à Conakry

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