Après avoir appelé les Marseillais à ne pas « s’africaniser »

Le député marseillais, Guy Teissier, devra répondre à la justice pour « diffamation publique à caractère racial »

Afrique Connection | 05 / 05 / 2014 à 07:16

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Guy Teissier, député UMP, président de la communauté urbaine Marseille Provence métropole (MPM)

Après plusieurs jours de tractations, un collectif d’une dizaine d’associations et d’organisations politiques et syndicales a décidé d’attaquer en justice le président de la communauté urbaine Marseille Provence métropole (MPM), Guy Tessier, pour des propos « à caractère racial » tenus sur les Africains.

Au propre comme au figuré, ça chauffe à Marseille entre Guy Teissier et les ressortissants africains de la ville. Ces derniers sont en colère contre le tout nouveau président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), et sont biens décidés à le trainer en justice. Les faits qui sont reprochés à l’élu remontent au 17 avril dernier. Ce jour-là, pour sa première sortie publique dans son nouveau rôle, le député de l’UMP s’est adressé aux agents territoriaux chargés de l'enlèvement des ordures en des termes peu cathodiques. Il a appelé les Marseillais à plus de civisme, en les exhortant à ne pas « africaniser » dans leurs comportements. Laissant ainsi entendre que le manque de civisme et la saleté sont l’apanage des Africains. « Ce n'est pas parce qu'on est des gens du Midi qu'il faut qu'on s'africanise. On doit avoir un comportement normal dans notre société », a-t-il martelé.

L’élu ne s’arrêtera pas là. Interpellé par le site marsactu.fr, à la fin de son discours, Guy Tessier assume ses propos en rajoutant une couche. « Vous êtes déjà allé en Afrique ? Et alors ? Ce que j'ai dit est une réalité. Je pense qu'en Afrique, la propreté n'est pas une priorité (…) C'est une image pour dire qu'il y a des comportements qui ne sont pas acceptables. »

« Il a essayé de mettre des pressions sur moi »

Depuis, les propos assumés de Guy Teissier animent les discussions dans la cité phocéenne. Pour les citoyens de la ville originaires d’Afrique, mais aussi les mouvements de lutte contre le racisme, ces propos sont « inacceptables ». Un mouvement commence à s’organiser, pour échanger sur les suites à donner à la sortie du député de droite. Les avis sont diverses. D’aucuns veulent une plainte contre Teissier. Par contre, d’autres ne semblent pas être emballés par cette perspective, privilégiant le « dialogue ». C’est le cas notamment de l’antenne régionale du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), ou encore Moise Koité de la FAICA.  

« Dès les premières heures de la polémique, le docteur Martin Carvalho m'a alerté, et à mon tour j'ai immédiatement appelé les élus africains de l’UMP, le CRAN qui ont fait des communiqués pour fustiger l'attitude de Guy Tessier. Mais nous avons trouvé ces réactions assez timides et donc nous avons décidé de convoquer une réunion le vendredi 25 avril pour décider des actions à faire », déclare Lamine Diakhaté, un des membres influents du groupe.

Pendant ce temps, Guy Tessier, de plus en plus accablé, tente en coulisse une démarche conciliante, histoire de faire retomber le soufflet. « Il a essayé de mettre des pressions sur moi en passant par mon ami Robert Assante (UMP), mais je lui ai dit que la seule chose qui pouvait m’arrêter c’est qu’on m’élimine physiquement », rapporte Martin Carvalho, médecin endocrinologue, et porte-parole du collectif des associations et organisations qui veulent traîner Tessier en justice. « Il m’a appelé pour s’excuser, je lui ai dis que même si vous le faites publiquement je ne renoncerais pas à la plainte. Nos parents ont trop courbé l’échine dans ce pays. Maintenant, on ne va plus tolérer qu’on parle des  Noirs comme ça », ajoute t-il.

La plainte rédigée par le syndicat des avocats de France  

Une nouvelle réunion s’est tenue vendredi dernier. Le collectif regroupant une dizaine d'associations et d'organisations politiques et syndicales a convenu de déposer une citation directe pour « diffamation publique à caractère racial », à l’encontre du député. Un temps réticent, « parce qu’il fallait donner une chance à la médiation », la FAICA se dit « solidaire » à cette action en justice, assure son secrétaire général Moise Koité.

La plainte est en train d’être rédigée par des membres du Syndicat des avocats de  France. Elle devait être prête dans le courant de la semaine.

Thierno DIALLO

 

 

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