Les survivants racontent l'attaque contre Adebayor et le Togo, 10 ans après

Afrique Connection | 08 / 01 / 2020 à 05:03

Le 8 janvier 2010, la Coupe d'Afrique des Nations en Angola était à quelques jours de son ouverture. Je me trouvais dans la province de Cabinda, où je me préparais à couvrir le Groupe B pour la BBC World Service.

 

J'étais également chargé de remettre le trophée du footballeur africain de l'année de la BBC au nouveau vainqueur, le capitaine ivoirien Didier Drogba.

Au fil de la journée, des informations non confirmées sur une fusillade, impliquant apparemment l'équipe nationale du Togo, ont commencé à être diffusées.

 

Les détails étaient vagues, mais il était clair que quelque chose de grave s'était produit.

La gravité de l'incident a été mise en évidence lorsque j'ai rencontré l'équipe, qui rentrait à pied à son hôtel dans la ville de Cabinda.

En demandant à parler à quelqu'un, on m'a tout de suite dit que le porte-parole de l'équipe serait leur joueur le plus connu - alors la star de Manchester City, Emmanuel Adebayor.

Lorsqu'il s'est assis pour parler, il a donné des détails horrifiants sur une attaque qui a fait deux morts parmi les membres de la délégation togolaise et a entraîné des blessures qui ont changé la vie de plusieurs autres personnes.

En revenant sur cet entretien et en écoutant les autres membres de la sélection dix ans plus tard, voici l'histoire d'un attentat qui a fait la une des journaux du monde entier, et de ses conséquences.

Les jours précédant la Coupe d'Afrique des Nations 2010 ont été marqués par la bonne humeur de la sélection togolaise.

De retour dans la compétition après avoir manqué l'édition 2008, ils se préparaient à affronter un groupe comprenant certains des plus grands noms du football africain.

La Côte d'Ivoire de Drogba et le Ghana de Michael Essien ont été tirés au sort dans la même poule.

Le camp d'entraînement du Togo se trouvait à Pointe Noire, en République du Congo, à un peu plus de 100 km de l'endroit où devaient se dérouler les matches de groupe, dans la ville angolaise de Cabinda.

Cabinda est séparé du reste de l'Angola, et plutôt que de survoler leur destination à Luanda, la capitale, puis de reprendre l'avion vers le nord, le Togo a choisi de prendre la route.

Une décision qui allait avoir des conséquences fatales.Après une soirée de détente la veille - certains étaient même sortis en ville, au grand dam de leurs entraîneurs - l'équipe s'est rendue à la frontière.

Dans le bus, l'ambiance est à l'insouciance, les joueurs rient et plaisantent entre eux - un groupe de jeunes hommes talentueux, qui se préparent à l'un des moments forts de leur carrière.

A la frontière, ils ont été rejoints par les forces de sécurité angolaises, qui devaient les escorter à travers la forêt - une zone connue comme base pour les groupes réclamant l'indépendance de la région vis-à-vis de l'Angola - jusqu'à la ville de Cabinda.

L'escorte n'a pas prêté beaucoup d'attention à leur arrivée.

Bientôt, ils allaient se battre pour la vie de tous ceux qui se trouvaient dans le bus de l'équipe togolaise.Le petit convoi a quitté la frontière et s'est engagé sur la route à travers la forêt.

Le milieu de terrain Junior Senaya se souvient de ce voyage et du moment où tout a changé, il y a dix ans.

"Nous étions tous heureux, après avoir traversé la frontière. Certains d'entre nous étaient occupés à écouter de la musique. Je me souviens qu'après 15 minutes de route, nous avons entendu un coup de feu dans la forêt - nous avons tous ri, fait une blague. Puis, au même moment, il y a eu un tir intense," se souvient-il.

Les premières victimes ont été atteintes avant même que quiconque ait pu se rendre compte de ce qui se passait.

Senaya se souvient que le responsable des médias du Togo, Stanislas Ocloo, était debout pour filmer leur arrivée en Angola au moment de l'attaque.

Il a été tué par balle.

Un autre joueur qui se souvient très bien de ces moments de folie est le gardien de but Kodjovi Obilale.

Sa vie a été transformée en quelques secondes, lorsqu'il a réalisé que lui aussi avait été touché.

"J'ai entendu le bruit d'une mitrailleuse, dit-il, et au moment même où je voulais me déplacer pour me cacher, c'était comme si j'étais cloué sur le siège".

"C'est alors que je me suis vu - mon ventre et mon dos saignaient. C'est à ce moment que j'ai commencé à paniquer. J'ai dit : "J'ai été touché, aidez-moi, aidez-moi, je veux voir ma fille, mon fils. Je ne veux pas mourir ici." 

Par Matthew Kenyon,

BBC Sport

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