« Arrogant comme un Français en Afrique »

Afrique Connection | 11 / 04 / 2016 à 10:46

C'est le titre du nouveau livre qu'Antoine Glaser vient de publier sur les relations franco-africaines, aux éditions Fayard.

« La France se réveille en Afrique avec la gueule de bois. Elle pensait que tout y était encore sous son contrôle et que sa « science africaine » était infaillible. Tout cela n’est qu’un leurre : les destinées politiques, religieuses, sociales et économiques de ce continent lui ont complètement échappé », peut-on lire sur la fiche de présentation du livre « Arrogant comme un Français en Afrique », reçu à Afrique Connection.

En effet, pour Antoine Glaser, « par arrogance, les dirigeants français ne se sont jamais véritablement intéressés à la complexité de l’Afrique. »

« Quant à ceux qui s’y sont installés tout au long de la guerre froide – coopérants venus pour enseigner ou militaires y vivant en famille –, ils ont plus souvent cherché à former des Africains à leur image qu’à comprendre leurs spécificités et leurs désirs. D’ailleurs, en France même, n’aime-t-on pas que les Afro-Français qui nous ressemblent ? », précise la note de présentation de l’éditeur.

Avant de faire cet constat sans appel : « aujourd’hui, la France paie cher cette arrogance. Les anciennes générations lui reprochent son ingratitude, tandis que les jeunes diplômés refoulés aux portes des consulats préfèrent poursuivre leurs études ailleurs. Les plus grands groupes industriels français perdent des contrats qu’ils pensaient leur être dus et des parts de marché face à leurs concurrents chinois. Les congrégations catholiques françaises sont vivement concurrencées par les Églises de réveil (évangéliques, pentecôtistes, charismatiques…), sans parler de l’expansion de l’islamisme radical. »

« La méconnaissance de l’Afrique et des Africains a conduit la France à des analyses anachroniques et à sous-estimer la richesse de ce continent et de sa diaspora »

Mais dans cette nouvelle publication dédiée aux relations occultes entre la France et l’Afrique, Antoine Glaser, un peu à l’image de ce qu’il avait déjà fait dans « Ces Messieurs Afrique (publié en 1992), dresse aussi le portrait de groupes ou de corporations qui prétendent connaitre l’Afrique ou être des entremetteurs indispensables.

« La méconnaissance de l’Afrique et des Africains a conduit la France à des analyses anachroniques et à sous-estimer la richesse de ce continent et de sa diaspora », dénonce le journaliste.

« L’Afrique se mondialise et perd de plus en plus de vue la Tour Eiffel… »

Comment la France est-elle perçue aujourd’hui e Afrique ? La réponse d’Antoine Glaser est implacable.

« L’ancienne génération, formée dans les écoles des missionnaires puis dans les universités françaises, est déçue. Il y a même du dépit amoureux chez les plus francophiles d’entre eux. Certains ont sincèrement cru à l’avenir d’une communauté franco-africaine intégrée. Face aux difficultés d’envoyer leurs enfants étudier en France, ils se sont tournés vers le Canada et les Etats-Unis », explique Glaser dans une interview avec le quotidien français Libération.

« Pour les nouvelles générations mondialisées, la France est un vieil oncle qui occupe encore une case dans le village sans que l’on sache vraiment s’il dispose d’une capacité de nuisance »

Il poursuit :

« Pour les nouvelles générations mondialisées, la France est un vieil oncle qui occupe encore une case dans le village sans que l’on sache vraiment s’il dispose d’une capacité de nuisance. On l’évite et on n’en attend plus rien. Parmi les exilés politiques (Côte d’Ivoire, Congo…) de la diaspora africaine en France, on est toujours vent debout contre le soutien manifeste dont bénéficient à Paris certains présidents africains qui s’éternisent au pouvoir. Globalement, l’Afrique se mondialise et perd de plus en plus de vue la Tour Eiffel… »

Bref, c’est ce mépris qu’Antoine Glaser s’emploie à dénoncer dans « Arrogant comme un Français en Afrique ». Comme beaucoup d’Africains le pensent, il est grand temps que la France ouvre enfin les yeux. Et plutôt que de persister à prendre l’Afrique de haut en le méprisant, lui donnant des leçons,  qu’elle apprenne enfin de ce continent et s’évertue à traiter d’égal à égal avec ses habitants et ses décideurs.

Jacques AYASSI pour Afrique Connection

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