la poursuite judiciaire contre le maire de Dakar a mis le feu aux poudres

MACKY SALL - ANNE HIDALGO: LE GRAND MALAISE

Afrique Connection | 14 / 12 / 2017 à 09:21

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Il y a un an, quasiment jour pour jour, Anne Hidalgo recevait Macky Sall à l'Hôtel de Ville de Paris avec tous les honneurs, en marge de la visite d'Etat du président sénégalais en France. Aujourd'hui, l'affaire Khalifa Sall a instauré un malaise entre les deux

Mardi 12 décembre, le Conseil de Paris a adopté un « vœu » visant à créer un « Observatoire international des maires en danger », apportant notamment son soutien au maire de Dakar, Khalifa Sall, dont le procès qui s'ouvre ce jeudi ne serait "pas naturelle" et "précipitée" aux yeux de Anne Hidalgo et son équipe. Le parti au pouvoir au Sénégal, l'Alliance pour la République, et le groupe parlementaire de la majorité n'ont pas apprécié. Alors pas du tout. On est loin des échanges d'amabilités à l'Hôtel de Ville de Paris entre le président sénégalais et l'édile de Paris, en marge de la visite d'Etat il y a pile un an.

 

« La condescendance et le mépris de Mme Hidalgo et ses collaborateurs à l’endroit de la République du Sénégal et de ses institutions, pour une affaire pendante devant la justice »

C'est le grand malaise entre le président sénégalais, Macky Sall, et le maire de Paris, Anne Hidalgo. En toile de fond, l'affaire Khalifa Sall qui défraie la chronique au sénégal depuis presque un an. Depuis le début de cette affaire de "détournements de fonds publics" dont  est accusé le maire de Dakar, l'édile de la capitale française et son institution, ainsi que l'Association des maires francophones qu'elle dirige, ont toujours apporté publiquement leur soutien à leur homologue de Dakar en prison depuis dix mois, sans que cela ne fasse l'objet de polémique avec la présidence sénégalaise. Mais la dernière démarche de la mairie de Paris, qui a adopté un "voeu"  en soutien aux "maires et élus locaux en dangers" dans le monde, citant nomément Khalifa Sall, a mis le feu aux poudres.  

« Nous nous sommes aperçus qu'il y a un certain nombre de maires qui sont poursuivis en justice, non pas pour les faits qui leur sont reprochés, mais en vertu de la position politique qu'ils occupent en tant qu'édile, en tant qu'élu local, en tant que maire. Et évidemment, nous suivons attentivement la situation de Khalifa Sall que nous connaissons bien à Paris (...). Ou plutôt la dégradation de sa situation et la manière dont on veut le juger, avec une certaine précipitation, prouve que la poursuite à son encontre n'est pas naturelle », a déclaré chez notre confrère RFI, Patrick Klugman, maire-adjoint de Paris chargé des questions internationales et de la francophonie. 

A la présidence sénégalaise, c'est une pilule dure à avaler. Et c'est le parti au pouvoir, l'Alliance pour la République, APR, qui monte au créneau pour sonner la réplique. Il a publié un communiqué virulent, à la hauteur de sa colère, mercredi, pour s'indigner contre « l'ingérence inacceptable» de la mairie de Paris dans les affaires judiciaires sénégalaises.

A (re)lire également: Patrick Klugman : "le maire de Dakar est emprisonné à cause de son bilan et de ses ambitions politiques , celui de Cotonou est révoqué unilatéralement et en exil"

« L’Alliance Pour la République (APR) condamne avec la dernière énergie l’arrogance de Mme Anne Hidalgo face à la souveraineté du Sénégal, de son peuple et de ses Institutions, notamment judiciaires. Incontestablement, l’ingérence inacceptable du Conseil de Paris et de Mme Anne Hidalgo est une insulte au peuple sénégalais, à ses Institutions et à son administration», lit-on dans le communiqué signé par le Porte-parole de l'APR, Seydou GUEYE.

« L’appréciation du Conseil de Paris sur la procédure judiciaire en cours, faisant état « d’une poursuite non naturelle et d’un jugement précipité » prouve la subjectivité, la condescendance et le mépris de Mme Hidalgo et ses collaborateurs à l’endroit de la République du Sénégal et de ses institutions, pour une affaire pendante devant la justice », insiste le communiqué du parti du Président Macky Sall. 

« Cette posture aux allures nostalgiques d’un néocolonialisme révolu ne saurait prospérer »

Avant de conclure : « Cette posture aux allures nostalgiques d’un néocolonialisme révolu ne saurait prospérer. Le Sénégal, pays indépendant et souverain ne saurait l’accepter. Pareilles gesticulations n’entraveront en rien le fonctionnement normal des institutions judiciaires de notre pays. »

Dans un autre communiqué, le groupe parlementaire de la majorité présidentielle, Benno Bokk Yakaar, dont fait partie l'APR, faisant allusion à l'« Observatoire international des maires en danger » en gestation, a tenu à préciser que "les élus sénégalais ne sauraient cautionner une Internationale des Maires », même dans une phase embryonnaire, qui viserait à les soustraire aux lois et règles de bonne gestion". 

Le communiqué signé par le président du groupe, Aymérou Gningue, d'ajouter: "Cette sortie malheureuse contre notre pays et ces institutions ne peut être tolérée par le peuple sénégalais, en particulier les démocrates et républicains que nous sommes. Le Sénégal est une république qui s'est doté une constitution qui attache du prix à la bonne conduite et à la bonne gestion des affaires publiques."

Le maire de Dakar est détenu à la prison centrale de Dakar depuis dix mois. Il est accusé notamment de « détournement de deniers publics et d’escroquerie » dans la caisse d'avance de la mairie qu'il dirige depuis 2009. Le préjudice porte sur 1,8 milliard de francs CFA (2,7 millions d'euros).

Du fond de sa cellule, il a été élu député à l'Assemblée nationale le 30 juillet dernier. Mais, sur la demande du Procureur, ses collègues parlementaires ont voté, il y a quelques jours, la levée de son immunité parlementaire. Son procès, avec sept de ses collaborateurs, s'ouvre ce jeudi à Dakar.

Ironie de l'histoire, il y a un an, quasiment jour pour jour, Anne Hidalgo recevait Macky Sall à l'Hôtel de Ville de Paris avec tous les honneurs, en marge de la visite d'Etat du président sénégalais en France. On est loin des amabilités qu'ils s'étaient échangés ce 19 décembre 2016, devant notament Ségolène Royal et la communauté sénégalaise de France.

Cheikh SARR, Afrique Connection

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