Christian Gourcuff à l'OM : le serpent de mer(lus)

Afrique Connection | 19 / 02 / 2014 à 12:03

Le nom du technicien lorientais, prochain adversaire de l'OM samedi (17h) au Vélodrome, est souvent cité pour officier à Marseille, où Vincent Labrune cherche un entraîneur. Décryptage

L'identité du futur entraîneur de l'OM demeure un mystère. À Marseille, des hauteurs de La Commanderie aux clapotis du Vieux-Port, la question reste entière depuis l'éviction d'Élie Baup, le 7 décembre dernier, et l'intérim assuré par José Anigo. En coulisses, les huiles olympiennes planchent sur les possibilités qui s'offrent à elles. Un profil a été dégagé : étranger qui parle français, expérimenté et avec une grosse personnalité.

Une carte génétique à des années lumière de celle de Christian Gourcuff, le coach des Merlus, qui affronte l'OM samedi (17h), au stade Vélodrome. Le nom du technicien breton revient pourtant régulièrement dans les discussions, depuis des lustres, dès lors qu'il s'agit d'évoquer l'arrivée d'un nouvel entraîneur à la tête de l'équipe. Ce fut le cas, déjà, en 2000, après le licenciement d'Abel Braga. Robert Louis-Dreyfus l'avait alors rencontré à Paris. Sans suite. Plus récemment, en 2009, lorsqu'il fallut procéder à l'après-Gerets, son nom a circulé dans une short-list. Sans contact.

Aujourd'hui, le bail de Gourcuff avec le FCL prend fin le 30 juin prochain, et son avenir s'y inscrit plus que jamais en pointillés (lire encadré). L'opportunité de le voir prendre les rênes à Marseille n'a donc jamais été aussi évidente. Mais, si des CV sont déjà arrivés sur le bureau de Vincent Labrune, la cote du coach de 58 ans semble ne pas décoller dans l'esprit des dirigeants. L'équation est simple : selon eux, l'OM a d'autres ambitions que Gourcuff.

L'irréductible breton possède néanmoins des atouts séduisants dans sa manche. Figure tutélaire du FC Lorient, où il a été entraîneur-joueur (1982-86) et dont il est le technicien historique (de 1991 à 2001, et depuis 2003), il est reconnu comme un tacticien accompli. Ancien prof de mathématiques et lecteur assidu duMiroir du football, feu mensuel cher à François Thébaud, Christian Gourcuff a une image qui lui colle à la peau, celle de "l'intello" du foot. Une étiquette qu'il trimbale comme un Arsène Wenger ou un Paul Le Guen, et désormais scotchée sur son "fils spirituel" - ils se connaissent depuis 30 ans -, Jocelyn Gourvennec, en poste à Guingamp.

Labrune : "La révolution culturelle !"

Son fils légitime, Yoann Gourcuff, prolonge quant à lui une autre facette du personnage : celle de l'esthète du beau jeu, attaché à son immuable 4-4-2 et les douze mètres d'écart entre les joueurs qui vont avec. Une anecdote illustre cette idée. Au soir du match nul de l'OM à Lyon (2-2), mi-décembre, le président olympien, titillé en zone mixte sur la possibilité de voir Gourcuff débarquer, n'avait pas hésité à lâcher une boutade qui résume le personnage. "Imaginez la révolution culturelle à La Commanderie !, plaisantait VLB. À l'entraînement, on va dire aux joueurs : 'Allez les gars, aujourd'hui on fait des passes !'"

Le principal intéressé, lui-même, n'est pas emballé par le défi olympien. "C'est une mauvaise idée des deux côtés !, nous a confié Christian Gourcuff, hier.Intéresser l'OM, c'est flatteur. Mais c'est vraiment une mauvaise idée pour les deux parties..."

Un proche du Finistérien abonde dans ce sens : "C'est impossible ! Culturellement, ce serait trop difficile pour lui, notamment en termes de pression. Je suis persuadé qu'il pourrait bien bosser avec Anigo, mais il ne va pas s'emmerder à 58 ans..., juge-t-il au sujet du natif de Hanvec. Christian est fidèle à ses principes, intransigeant. Il peut être têtu et de mauvaise foi, mais il dit toujours ce qu'il pense. Parfois, il passe pour un donneur de leçons, mais c'est plus de la maladresse."

Ses défauts sont d'ailleurs aussi connus que ses qualités. Et ils résident principalement dans sa gestion humaine. On le dit individualiste, aimant avant tout les joueurs qui travaillent sans parler et les groupes restreints. Ses détracteurs soulignent que son aura se limite au terrain. "Il ne convoque jamais un mec dans son bureau. Il parle aux joueurs quand ils signent au club pour leur expliquer son 4-4-2, et basta !", témoigne un joueur passé dans le vestiaire morbihannais. Impossible en effet de le voir déjeuner ou converser avec l'un de ses protégés, même si, comme il l'avait proposé à Jérémy Morel lors de son départ à l'OM, il lui arrive de garder les chiens des joueurs transférés le temps qu'ils prennent leurs quartiers.

Son expérience ratée à Rennes au début des années 2000, club le plus huppé qu'il ait dirigé, ne plaide pas non plus en sa faveur. "Joce" Gourvennec, l'élève qui a eu l'opportunité de travailler avec le maître, s'en souvient. "Christian était l'une de mes idoles de jeunesse et cette année ensemble a un peu cassé mes rêves d'enfant, reconnaissait-il, l'été dernier, dans les colonnes de L'ÉquipeMais cela m'a aussi permis de grandir. J'ai été très déçu, moins par le choix sportif que par le relationnel. Je n'ai pas adhéré à sa manière de gérer son groupe."

L'OM ne le saura jamais. Le club olympien préfère piocher dans le bassin aux Merlus plutôt que de ferrer leur éleveur en chef. Mais il ne s'en plaindra pas.

La Provence 

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