Amadou Elimane Kane, la vie en vers

Afrique Connection | 20 / 03 / 2014 à 03:34

Depuis plus de trente ans, le poète- écrivain Amadou Elimane Kane, originaire du Sénégal, parcours les collèges de la région parisienne pour transmettre sa passion : la poésie. Aujourd'hui, il se retourne de plus en plus vers sa terre natale, l'Afrique, afin d'apporter son anneau dans la longue chaîne qui mène vers la Renaissance.

En ce début d'après-midi du 30 janvier, Amadou Elimane Kane a rendez-vous au collège Charles Peggy, dans le 19e arrondissement de Paris, où l'attend des élèves d'une classe de 3e. C'est le deuxième round d'une série de trois rencontres articulées autour de la lecture, l'écriture et de l'oralité en poésie. Admiratifs, les disciples se précipitent à le saluer d'un « bonjour Amadou Elimane », qui témoigne de la familiarité entre le professeur et les petits apprenants. « Le but de ce travail, c'est d'installer les élèves dans une dimension d'estime et de confiance en soi, parce que c'est d'une importance capitale dans l'enseignement, ça permet aux apprenants de se rendre compte qu'ils sont capables et que tout peut s'apprendre et que rien ne tombe du ciel. Il s'agit donc de les installer dans l'émulation, de les mettre réellement en situation d'apprentissage, en situation d'appropriation et réappropriation des savoirs à partir la lecture, l'écriture et l'oralité », explique le poète.

Voilà une trentaine d'années que ce poète, né à Dagana, au nord du Sénégal, arpente les établissements scolaires de la région parisienne tantôt pour transmettre son savoir poétique aux élèves, tantôt pour former leurs professeurs. A son arrivée au collège, Amadou Elimane est accueilli au CDI par le professeur documentaliste qui se trouve être son ancienne élève, quand elle préparait son CAPES. Dans cette grande salle, des photos d'Amadou Elimane Kane font partie du décor. C'est ici que la prof... encadre toute la journée les élèves qui viennent lire, conduit des programmes pédagogiques avec les enseignants et des intervenants comme Amadou Elimane, définit avec eux un axe de travail « un peu différent du cours traditionnel ». « Si je sais faire aujourd'hui tout ça, c'est grâce à la formation de pointe et aussi l'expérience dont dispose Amadou Elimane Kane, en matière de recherche cognitive et sa très longue expérience sur le terrain », encense la prof, alors que l'intéressé faisait ses cent pas, en attendant le début de la séance.

Il est presque 14 heures, les élèves ont fini de prendre place dans la salle d'à côté. « Nous n'allons pas laisser la parole par terre, parce que, pour nous, la parole est fondamentale, elle est synonyme de partage, de beauté, d'écoute, de compréhension, de partage, d'échange, de beauté. Donc nous allons porter la parole et la faire partager. Je suis là parce que tout simplement je suis intimement convaincu que tout le monde est capable de pouvoir être un magicien du verbe. C'est ce poète-là que l'oralité doit révéler. L'heure de la poésie a sonné », attaque Amadou Elimane, sous le regard attentif des élèves.

Depuis presque 30 ans, l'enseignant offre ses services dans l'éducation française, où il mène ce type de travail portant sur la poésie et l'oralité en littérature. Après une vingtaine d'années passées à l'académie de Versailles, il enseigne à l'académie de Paris depuis quatre ans. Mais, parallèlement aux cours qu'il dispense en région parisienne, cet amoureux des lettres, considéré comme la tête de file de la nouvelle génération des poètes africains, consacre la plupart de son temps à écrire. Il a mis dans les rayons pas moins de six œuvres : Les Rayons de la calebasse (1995), La Parole du Baobab, (1999), Poèmes de l'an demain (2000), Le Palmier blessé (2005), Le Songe des Flamboyants de la Renaissance (2008), L'ami dont l'aventure n'est pas ambigüe (2013), Lecture/écriture de poèmes...sans compter les projets qui sont en cours de réalisation.

« Venir en ce moment et à cet âge, c'était un choix lié à moi-même, parce que j'avais aussi une partie de ma famille en France »

Né à la veille des indépendances, un jour de mars 1959, le petit Amadou Elimane a effectué ses études primaires et secondaires entre Dagana, Bokké et Podor, dans le nord du Sénégal. Avant de débarquer en France à l'âge de...16 ans, où il obtiendra son Bac. Déjà à cette époque, le parcours qu'a emprunté l'adolescent pour entrer en Europe rappelle à bien des égards celui qu'ont adopté des jeunes candidats à l'émigration clandestine, plus de trente ans après. Il a pris la route, en passant par la Côte d'ivoire, l'Algérie, la Tunisie, et l'Italie, avant de débarquer à Paris. Soit le même parcours que Boubacar, l'un des deux personnages principaux de son dernier roman, L'Ami dont l'aventure n'est pas ambigüe. « Venir en ce moment et à cet âge, c'était un choix lié à moi-même, parce que j'avais aussi une partie de ma famille en France », explique-t-il. Mais, précise le poète, « à l'époque, c'était plus facile que maintenant. Je me suis forgé comme ça, ce qui fait aujourd'hui mon identité d'homme plurielle ».

« Grigny, c'était à la fois très difficile et très agréable. Je m'étais même très bien formé là-bas, du point de vue pédagogique »

Malgré ce choix incompréhensible, Amadou Elimane n'abandonnera pas pour autant les études. Car une fois à Paris, il s'inscrit en classe de Première, puis de Terminale, dans un lycée du 17e arrondissement. Le bac en poche, il fréquente la fac de Lettres de l'université de Paris 10- Nanterre. Durant plusieurs années, il accumulera des diplômes en Lettres, Sociologie, Linguistique, Psychologie, et même Philosophie. Il a également fréquenté un temps conservatoire national.

A sa sorite de l'école normale, il enseignera dans une des zones le plus difficiles : la Grande Borne à Grigny, entre 1991 à 95. « Grigny, c'était à la fois très difficile et très agréable. Je m'étais même très bien formé là-bas, du point de vue pédagogique », se souvient-il. « J'ai beaucoup appris avec ces élèves. Je peux même dire si je suis ce que je suis aujourd'hui au niveau de la recherche pédagogique, s'il y a eu cette passion que j'habite, je pense que c'est à partir de ce moment où j'ai compris ce qu'on appelle communément l'éducabilité cognitive. Il s'agit tout simplement de dire que l'apprenant n'est pas linéaire, il peut être aujourd'hui être difficulté en demain transcender ces difficultés. Donc c'est à partir de Grigny où j'ai habité cette conviction-là », explique le poète.

Si cette expérience lui a marqué à vie, il doit son passage à Grigny à un concours de circonstances. Il se souvient : « A l'époque, j'étais maître-formateur à l'école normale de Choisy, et il y avait une dame qui s'appelle Madame Malik qui venait assistait à mes cours. Elle était psychomotricienne. Dans une discussion, elle me demande si je pourrais venir observer ses élèves. C'est à partir de ce moment-là que j'ai attrapé le virus d'aller dans ces écoles-là. Donc, je peux dire que oui peut-être que c'est lié à Madame Françoise Malik qui m'a fait découvrir ces zones parce que je ne savais même pas qu'elles existaient à l'époque »

Comment fut-il accueilli par ses élèves ? Étaient-ils accueillants ou moqueurs ? « C'était tout cela ! C'était à la fois généreux, moqueur. Il y avait certains qui s'identifiaient à moi, qui me prenaient même pour leur père ; et d'autres qui me rejetaient. Ce n'était pas évident », répond Amadou Elimane.

Après Grigny, ce père de deux filles enseignera dans un environnement tout à fait opposé : à la Ville d'Avray, une zone bourgeoise nichée dans le département des Hauts-de-Seine. Là-bas, « l'écrasante majorité des élèves étaient issues de l'aristocratie française. J'ai même eu à enseigner une des petites-filles du général de Gaule. Elle s'appelle Sidoni, aujourd'hui elle est professeur ».

« Pour moi, intégration ne veut rien dire. Si je suis là, c'est parce que j'ai fait les mêmes concours que vous autres, et j'ai arraché ma place comme vous autres »

Bien que d'origine immigrée, et ayant vécu plus de la moitié de sa vie en France, ne lui parlez surtout pas d'intégration. À ces collègues qui se hasardent à lui dire qu'il est « bien intégré », Amadou Elimane rétorque : « Pour moi, intégration ne veut rien dire. Si je suis là, c'est parce que j'ai fait les mêmes concours que vous autres, et j'ai arraché ma place comme vous autres ». « On peut dire que, peut-être, là où on demande au Blanc 10, moi, on va me demander 15, ou 20. Et j'en suis conscient. Je me bats donc pour la conquête de ma place. C'est comme ça que j'ai vécu toute ma vie, que ça soit au Sénégal ou ici. J'ai quitté le Sénégal parce que j'étais parasité. Je suis venu conquérir ma place, j'assume ce que j'ai envie de faire. Je voulais être enseignant et je suis devenu enseignant. »

Depuis quelques années, le poète, panafricain dans l'âme, a entrepris le chemin du retour au pays natal. Il se rend plus fréquemment au Sénégal, où il a érigé une l'Institut panafricain, à Yène, en région dakaroise. « J'ai tout simplement de partager mon expérience professionnelle », justifie-t-il. Avant d'ajouter : « Je suis de ceux qui pensent que pour qu'on puisse cheminer vers la Renaissance, il faudrait que chacun de nous puisse apporter son anneau. La Renaissance c'est comme une chaine, il faut que chacun y apporte son anneau. C'est ce qui explique que je me retourne vers l'Afrique.»

C'est dans cet institut que les jeunes élèves du collège Pablo Nérouda d'Aulnay-sous-Bois, en région parisienne, ont logé pendant trois semaines pour les besoins du tournage du film « Sur les traces nos pères », une adaptation de son dernier livre « L'Ami dont l'aventure n'est pas ambigüe ».

Aujourd'hui, ce transmetteur de savoir, qui n'aime pas se soumettre, ce chantre du verbe et du vers, n'a plus qu'un rêve, pour lequel il se bat à travers ses productions littéraires : la réalisation de la Renaissance africaine, la construction des Etats-Unis d'Afrique. Du rêve à la réalité, le chemin est certes long et parsemé d'incertitudes, mais le poète révolté reste optimiste.

Thierno DIALLO

Lire aussi: Et Amadou Elimane Kane changea le destin de Samba Diallo

Amadou Elimane Kane, la vie en vers

Afrique Connection | 20 / 03 / 2014 à 15:34

Depuis plus de trente ans, le poète- écrivain Amadou Elimane Kane, originaire du Sénégal, parcours les collèges de la région parisienne pour transmettre sa passion : la poésie. Aujourd'hui, il se retourne de plus en plus vers sa terre natale, l'Afrique, afin d'apporter son anneau dans la longue chaîne qui mène vers la Renaissance.

En ce début d'après-midi du 30 janvier, Amadou Elimane Kane a rendez-vous au collège Charles Peggy, dans le 19e arrondissement de Paris, où l'attend des élèves d'une classe de 3e. C'est le deuxième round d'une série de trois rencontres articulées autour de la lecture, l'écriture et de l'oralité en poésie. Admiratifs, les disciples se précipitent à le saluer d'un « bonjour Amadou Elimane », qui témoigne de la familiarité entre le professeur et les petits apprenants. « Le but de ce travail, c'est d'installer les élèves dans une dimension d'estime et de confiance en soi, parce que c'est d'une importance capitale dans l'enseignement, ça permet aux apprenants de se rendre compte qu'ils sont capables et que tout peut s'apprendre et que rien ne tombe du ciel. Il s'agit donc de les installer dans l'émulation, de les mettre réellement en situation d'apprentissage, en situation d'appropriation et réappropriation des savoirs à partir la lecture, l'écriture et l'oralité », explique le poète.

Voilà une trentaine d'années que ce poète, né à Dagana, au nord du Sénégal, arpente les établissements scolaires de la région parisienne tantôt pour transmettre son savoir poétique aux élèves, tantôt pour former leurs professeurs. A son arrivée au collège, Amadou Elimane est accueilli au CDI par le professeur documentaliste qui se trouve être son ancienne élève, quand elle préparait son CAPES. Dans cette grande salle, des photos d'Amadou Elimane Kane font partie du décor. C'est ici que la prof... encadre toute la journée les élèves qui viennent lire, conduit des programmes pédagogiques avec les enseignants et des intervenants comme Amadou Elimane, définit avec eux un axe de travail « un peu différent du cours traditionnel ». « Si je sais faire aujourd'hui tout ça, c'est grâce à la formation de pointe et aussi l'expérience dont dispose Amadou Elimane Kane, en matière de recherche cognitive et sa très longue expérience sur le terrain », encense la prof, alors que l'intéressé faisait ses cent pas, en attendant le début de la séance.

Il est presque 14 heures, les élèves ont fini de prendre place dans la salle d'à côté. « Nous n'allons pas laisser la parole par terre, parce que, pour nous, la parole est fondamentale, elle est synonyme de partage, de beauté, d'écoute, de compréhension, de partage, d'échange, de beauté. Donc nous allons porter la parole et la faire partager. Je suis là parce que tout simplement je suis intimement convaincu que tout le monde est capable de pouvoir être un magicien du verbe. C'est ce poète-là que l'oralité doit révéler. L'heure de la poésie a sonné », attaque Amadou Elimane, sous le regard attentif des élèves.

Depuis presque 30 ans, l'enseignant offre ses services dans l'éducation française, où il mène ce type de travail portant sur la poésie et l'oralité en littérature. Après une vingtaine d'années passées à l'académie de Versailles, il enseigne à l'académie de Paris depuis quatre ans. Mais, parallèlement aux cours qu'il dispense en région parisienne, cet amoureux des lettres, considéré comme la tête de file de la nouvelle génération des poètes africains, consacre la plupart de son temps à écrire. Il a mis dans les rayons pas moins de six œuvres : Les Rayons de la calebasse (1995), La Parole du Baobab, (1999), Poèmes de l'an demain (2000), Le Palmier blessé (2005), Le Songe des Flamboyants de la Renaissance (2008), L'ami dont l'aventure n'est pas ambigüe (2013), Lecture/écriture de poèmes...sans compter les projets qui sont en cours de réalisation.

« Venir en ce moment et à cet âge, c'était un choix lié à moi-même, parce que j'avais aussi une partie de ma famille en France »

Né à la veille des indépendances, un jour de mars 1959, le petit Amadou Elimane a effectué ses études primaires et secondaires entre Dagana, Bokké et Podor, dans le nord du Sénégal. Avant de débarquer en France à l'âge de...16 ans, où il obtiendra son Bac. Déjà à cette époque, le parcours qu'a emprunté l'adolescent pour entrer en Europe rappelle à bien des égards celui qu'ont adopté des jeunes candidats à l'émigration clandestine, plus de trente ans après. Il a pris la route, en passant par la Côte d'ivoire, l'Algérie, la Tunisie, et l'Italie, avant de débarquer à Paris. Soit le même parcours que Boubacar, l'un des deux personnages principaux de son dernier roman, L'Ami dont l'aventure n'est pas ambigüe. « Venir en ce moment et à cet âge, c'était un choix lié à moi-même, parce que j'avais aussi une partie de ma famille en France », explique-t-il. Mais, précise le poète, « à l'époque, c'était plus facile que maintenant. Je me suis forgé comme ça, ce qui fait aujourd'hui mon identité d'homme plurielle ».

« Grigny, c'était à la fois très difficile et très agréable. Je m'étais même très bien formé là-bas, du point de vue pédagogique »

Malgré ce choix incompréhensible, Amadou Elimane n'abandonnera pas pour autant les études. Car une fois à Paris, il s'inscrit en classe de Première, puis de Terminale, dans un lycée du 17e arrondissement. Le bac en poche, il fréquente la fac de Lettres de l'université de Paris 10- Nanterre. Durant plusieurs années, il accumulera des diplômes en Lettres, Sociologie, Linguistique, Psychologie, et même Philosophie. Il a également fréquenté un temps conservatoire national.

A sa sorite de l'école normale, il enseignera dans une des zones le plus difficiles : la Grande Borne à Grigny, entre 1991 à 95. « Grigny, c'était à la fois très difficile et très agréable. Je m'étais même très bien formé là-bas, du point de vue pédagogique », se souvient-il. « J'ai beaucoup appris avec ces élèves. Je peux même dire si je suis ce que je suis aujourd'hui au niveau de la recherche pédagogique, s'il y a eu cette passion que j'habite, je pense que c'est à partir de ce moment où j'ai compris ce qu'on appelle communément l'éducabilité cognitive. Il s'agit tout simplement de dire que l'apprenant n'est pas linéaire, il peut être aujourd'hui être difficulté en demain transcender ces difficultés. Donc c'est à partir de Grigny où j'ai habité cette conviction-là », explique le poète.

Si cette expérience lui a marqué à vie, il doit son passage à Grigny à un concours de circonstances. Il se souvient : « A l'époque, j'étais maître-formateur à l'école normale de Choisy, et il y avait une dame qui s'appelle Madame Malik qui venait assistait à mes cours. Elle était psychomotricienne. Dans une discussion, elle me demande si je pourrais venir observer ses élèves. C'est à partir de ce moment-là que j'ai attrapé le virus d'aller dans ces écoles-là. Donc, je peux dire que oui peut-être que c'est lié à Madame Françoise Malik qui m'a fait découvrir ces zones parce que je ne savais même pas qu'elles existaient à l'époque »

Comment fut-il accueilli par ses élèves ? Étaient-ils accueillants ou moqueurs ? « C'était tout cela ! C'était à la fois généreux, moqueur. Il y avait certains qui s'identifiaient à moi, qui me prenaient même pour leur père ; et d'autres qui me rejetaient. Ce n'était pas évident », répond Amadou Elimane.

Après Grigny, ce père de deux filles enseignera dans un environnement tout à fait opposé : à la Ville d'Avray, une zone bourgeoise nichée dans le département des Hauts-de-Seine. Là-bas, « l'écrasante majorité des élèves étaient issues de l'aristocratie française. J'ai même eu à enseigner une des petites-filles du général de Gaule. Elle s'appelle Sidoni, aujourd'hui elle est professeur ».

« Pour moi, intégration ne veut rien dire. Si je suis là, c'est parce que j'ai fait les mêmes concours que vous autres, et j'ai arraché ma place comme vous autres »

Bien que d'origine immigrée, et ayant vécu plus de la moitié de sa vie en France, ne lui parlez surtout pas d'intégration. À ces collègues qui se hasardent à lui dire qu'il est « bien intégré », Amadou Elimane rétorque : « Pour moi, intégration ne veut rien dire. Si je suis là, c'est parce que j'ai fait les mêmes concours que vous autres, et j'ai arraché ma place comme vous autres ». « On peut dire que, peut-être, là où on demande au Blanc 10, moi, on va me demander 15, ou 20. Et j'en suis conscient. Je me bats donc pour la conquête de ma place. C'est comme ça que j'ai vécu toute ma vie, que ça soit au Sénégal ou ici. J'ai quitté le Sénégal parce que j'étais parasité. Je suis venu conquérir ma place, j'assume ce que j'ai envie de faire. Je voulais être enseignant et je suis devenu enseignant. »

Depuis quelques années, le poète, panafricain dans l'âme, a entrepris le chemin du retour au pays natal. Il se rend plus fréquemment au Sénégal, où il a érigé une l'Institut panafricain, à Yène, en région dakaroise. « J'ai tout simplement de partager mon expérience professionnelle », justifie-t-il. Avant d'ajouter : « Je suis de ceux qui pensent que pour qu'on puisse cheminer vers la Renaissance, il faudrait que chacun de nous puisse apporter son anneau. La Renaissance c'est comme une chaine, il faut que chacun y apporte son anneau. C'est ce qui explique que je me retourne vers l'Afrique.»

C'est dans cet institut que les jeunes élèves du collège Pablo Nérouda d'Aulnay-sous-Bois, en région parisienne, ont logé pendant trois semaines pour les besoins du tournage du film « Sur les traces nos pères », une adaptation de son dernier livre « L'Ami dont l'aventure n'est pas ambigüe ».

Aujourd'hui, ce transmetteur de savoir, qui n'aime pas se soumettre, ce chantre du verbe et du vers, n'a plus qu'un rêve, pour lequel il se bat à travers ses productions littéraires : la réalisation de la Renaissance africaine, la construction des Etats-Unis d'Afrique. Du rêve à la réalité, le chemin est certes long et parsemé d'incertitudes, mais le poète révolté reste optimiste.

Thierno DIALLO

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