Maliza Said-Soilihi, comme une évidence!

Afrique Connection | 21 / 03 / 2014 à 02:27

Elle fait partie de cette génération de jeunes issus de la diversité qui veulent prendre toute leur place sur la scène politique française. Investie sur une liste UMP à Marseille, Maliza Said-Soilihi, d'origine comorienne, a toutes les chances de voir son coup d'essai transformé en coup de... maitresse, dans quelques jours. L'engagement de cette jeune femme, son cursus académique et professionnel, et l'ambition qu'elle s'est tracée la prédestinent à une carrière politique prometteuse. Ce qui serait tout sauf une surprise. Et pour cause !

« Je ne pourrais malheureusement pas rester longtemps parce que j'ai un autre rendez-vous après ! » Il est 20h30 lorsque Maliza Said-Soilihi s'est pointée à notre rendez-vous improvisé, au restaurant Teranga, pas loin de la célèbre Canebière. Elle a bien raison, elle n'a pas le temps. C'est déjà la nuit, mais sa journée est loin d'être terminée. Parce qu'elle doit poursuivre son chemin, pour aller à la pêche aux voix. Cette Française d'origine comorienne, née dans les quartiers nord de Marseille, un jour d'avril 1984, est en effet investie sur une liste UMP dans le 1er secteur de la deuxième ville de France. Elle figure en 6e position, une position éligible au Conseil municipal, si son camp remporte la mise. Il ne reste plus que quelques jours pour convaincre les électeurs à voter pour son camp. Alors, on comprend que cette mère de trois enfants soit pressée ; toutes les minutes comptent.

Après sa prise de conscience, Maliza doit résoudre une autre équation, celle du bon choix, le choix de la rasion.

C'est au retour de Paris où elle s'était établi pour les besoins d'une thèse à la Sorbonne, que Maliza a pris conscience qu'il était temps qu'elle se mette au service de sa cité, de son « bercail ». « J'ai retrouvé un secteur catastrophique. Ma famille habite dans le 1er arrondissement de Marseille, qui est le centre-ville. C'est un secteur abandonné. C'est sale, on a des problèmes liés à l'éducation, à la délinquance, et beaucoup d'autres qui me touchent en tant que mère de famille et native de Marseille », explique la jeune femme. « Je ne pouvais pas rentrer, voir ce qu'il se passe, et rester les bras croisés. J'ai alors décidé de m'engager », ajoute t-elle.

S'engager, se jeter dans la mare politique, oui ! Mais pas n'importe comment, et pas avec n'importe qui ? Après sa prise conscience, Maliza Said-Soilihi doit donc résoudre une autre équation, celle du bon choix, le choix de la raison. Elle aurait pu faire dans la tendance, en s'alignant tout de suite derrière la Gauche, comme les premières générations issues de l'immigration. Au contraire, elle a pris le temps de réfléchir, peser, sous-peser, comparer les programmes, mais surtout, faire une analyse fine de la géo-politique locale. Maliza est parvenue à faire cette conclusion, qui sonne comme une sentence pour le Parti socialiste (Ps). « La communauté urbaine, qui est en charge de la propreté de la ville, le conseil régional, qui est en charge du développement économique, le conseil général, et quatre mairies de secteurs sur huit, sont tous dans les mais de la gauche. Je me suis alors posé la question de savoir pourquoi ça ne fonctionne pas, alors que dans mon environnement, on entend toujours dire que la Gauche est mieux pour nous ? Je me suis également penché sur l'analyse du conseil municipal. Je suis allée écouter tous les camps », décortique la juriste.

Faisant fi des éventuelles incompréhensions de sa propre communauté, du genre « oh la la ! Elle a choisi la droite », Maliza portera finalement son choix sur le camp du maire UMP sortant, Jean-Claude Gaudin, dont le « pragmatisme » a été séduisant aux yeux de la franco-comorienne. Qui, dans un langage politique déjà rodé, ne se prive pas de lancer des piques à l'adversaire : « J'avais le sentiment que les membres de la diaspora, nos parents, se sont focalisés sur la gauche, mais j'aimerais bien savoir quel a été le retour de cette gauche; et je ne l'ai pas senti ». Elle dénonce aussi le clientélisme, qui serait érigé en modèle, à Gauche. Exemple : « Sur les 101 membres du conseil municipal de Marseille, 49 sont apparentés de gauche. Et sur ces 49, 13 sont « enfant de » ou « frère de ». C'est-à-dire que nos parents ont finalement aidé à consolider une certaine bourgeoisie, un certain clientélisme. Et ça, ce n'est pas convaincant ». A Droite, Maliza a, par contre, trouvé un camp qui valorise « la méritocratie » qui défend « les valeurs qui sont les miennes, à commencer par les valeurs de la famille ».

« On peut dire que je suis tombée dans la marmite, étant petite (...) Mon engagement coule de source». Le  second mari de sa mère, n'est personne d'autre que l'ancien Président de la Grande Comore.

Qui veut aller loin ménage sa monture ! Cet adage, la jeune femme, qui ambitionne d'offrir une « alternative » aux jeunes Marseillais défavorisés, se l'est approprié. Car c'est après un riche cursus académique et professionnel qu'elle a décidé mettre les pieds à l'étrier politique. Après un Master 1 de droit privé à la Sorbonne (2008), elle décroche, un an plus tard, un Master 2 de droit international, à l'Université Pierre Mendes France de Grenoble. Elle est spécialisée en médiation de l'Union Africaine, dans les conflits sécessionnistes.

Mais ceux qui connaissent cette jeune femme vous diront tout de suite que ce parcours qu'elle est en train de se frayer n'est qu'une suite logique dans sa lignée familiale. Car, il faut savoir que, même si ses premiers pas en politique n'interviennent « qu'à 29 ans », Maliza Said-Soilihi est née et a toujours baigné dans un environnement politique. Et pas n'importe lequel ! « On peut dire que je suis tombée dans la marmite, étant petite (...) Mon engagement coule de source», admet-elle d'ailleurs. Son grand-père a combattu pendant la 2e guerre mondiale pour libérer la France. Décoré par la République, il fut longtemps gaulliste, avant de « revoir son positionnement politique ». Mais son Cv n'a rien à voir avec celui de sa fille, Rallia Abdou, la mère de Maliza. Cette femme, qui a grandi à Marseille, est rentrée au Comores avec un Diplôme d'une école de commerce, pour surtout y mener une carrière...politique. Elle a été la première femme à se présenter aux élections législatives aux Comores. Dans ce pays, la mère de Maliza a tour à tour été Directrice de la Jeunesse et des Sports, Directrice de la télévision nationale, Directrice de la Coopération décentralisée, Commissaire au plan.

Docteur en économie, le père de Maliza, Youssouf Said, n'est pas moins loti. Ancien fonctionnaire international, il a démarré sa carrière dans son pays où il représentait le Programme des Nations-Unis pour le développement (PNUD). Par la suite, il fut notamment ambassadeur de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), l'ancêtre de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en Afrique de l'Ouest, à Genève, puis à Paris. Grâce au statut de son père, Maliza et ses sœurs seront amenées à déménager régulièrement et, par ricochet, changer d'école. Elles ont ainsi étudié aux Comores, au Gabon, en suisse, et en France. Leur père mettra fin à sa carrière internationale, afin de se stabiliser et d'entreprendre une carrière politique dans son pays : il sera tour à tour élu député, maire, vice-président de l'Assemblée nationale, avant d'exercer des fonctions ministérielles.

Le beau –père de Maliza, le second mari de sa mère, en l'occurrence Mohamed Abdoul Wahab, n'est personne d'autre que l'ancien Président de la Grande Comore. Formé à l'ENM de Bordeaux, c'est en 2007 qu'il a été élu Président, avant de démissionner en 2010, soit à mi-mandat, pour organiser des élections anticipées. Auparavant, Mohamed Abdoul Wahab avait assuré plusieurs fonctions ministérielles. Si ces « deux pères » l'ont « façonnée », Mohamed Abdoul Wahab a, visiblement, eu beaucoup d'influence sur la petite Maliza. « C'est lui qui m'a poussée à faire des études de droit », précise t- elle. Toutefois, la jeune femme botte en touche quand on la demande si, dans son parcours, elle bénéficie d'un coup de pouce de ses parents. « Mes parents ont l'habitude de me dire « va te faire dans le panier à crabes, fais-toi, assumes-toi », lance t-elle dans éclat de rire.

Preuve qu'elle reste attachée à ses origines, Maliza, à seulement 29 ans, travaille actuellement sur la réforme de la Constitution des Comores

À voir donc la carrière politique de ses parents au « bled », on peut être tenté de croire que ses premiers pas dans la bataille pour la Mairie de Marseille conduiront un jour la jeune juriste vers les Comores. Tous les signaux conduisent à ne pas écarter cette hypothèse, même si elle n'est pas forcément planifiée.

D'abord, du fait de son parcours administratif et professionnel. Maliza a déjà été, de 2010 à 2011, Secrétaire générale au ministère de la Fonction publique des Comores, où elle coordonnait les quatre directions générales du département avec ses 37 agents. Un an plutôt, elle était chargée de mission à la présidence de l'Île autonome de Ngazidja (Comores). Sur le plan purement professionnel, Maliza a créé en 2010 Djuwa TV, une chaîne de télévision à vocation régionale, avec à la clé, 16 emplois. Il y anime une émission politique.

Il y a ensuite les propositions les approches de certains partis politiques comoriens qui cherchent à « enrôler » la jeune femme sur leurs listes pour les élections législatives, ou même pour battre campagne pour la présidentielle. Toutes pressions qui peuvent, qui sait, la laisser tenter à faire le grand saut en arrière.

Du point de vue projet aussi, Maliza donne la preuve qu'elle reste très attachée à son pays d'origine. Parallèlement à ses engagements professionnels et familiaux, elle cherche également, à seulement 29 ans, à apporter sa pierre à l'édifice de la démocratie comorienne, en lui taillant une constitution digne de ce nom. En effet, son sujet de thèse à la Sorbonne de Paris porte ce sujet : «Les institutions politiques comoriennes face à la dualité du pouvoir exécutif». S'érigeant en avocate de la cause des femmes de son pays d’origine, la jeune juriste a par ailleurs traité et soumis aux autorités comoriennes cette thématique : Projet de loi constitutionnelle en faveur de la représentation équilibrée des femmes et des hommes dans le secteur décisionnel politique et économique. Mais « cette réforme ne vient pas », peste t-elle. 

Alors, sur la foi de tous ces paramètres, peut-on conclure que la jeune femme finira un jour par faire de la politique aux Comores ? À cette question, Maliza coupe, sur une voix basse : « À ce jour, je désire exclusivement me consacrer à Marseille. On ne dit pas à une fontaine je ne boirai pas de ton eau, mais ce n'est pas à l'ordre du jour. Il y a déjà mes parents qui se consacrent là-bas, donc moi je me consacre ici.» « Mon engagement, insiste t-elle, je l'ai décidé de le faire en France, alors que mes parents, eux, c'est aux Comores. C'est parce que je suis née ici, j'ai grandi ici, mes enfants aussi. » En effet, pour elle, même en s'engageant politiquement en France elle peut être utile aux Comoriens : « Je pense que ce que je fais ici peut avoir de l'influence là-bas. Symboliquement, le fait qu'il ait des jeunes issus de la communauté comorienne qui s'engagent montre une autre image que celle qu'on veut bien montrer de nous ici. Ça peut jouer aussi. » C'est même déjà le cas. Puisque, pour ces élections locales, à l'instar, de Maliza, ils sont 70 Comoriens d'origine à être investis sur les différentes listes de la cité phocéenne.

En tous les cas, que ce soit à Marseille, au niveau national en France, ou aux Comores ( ?), sans risque de se tromper, ce premier face à face de Maliza Said-Soilihi avec les électeurs n'est pas le dernier. On voit mal ce qui pourrait la détourner de sa trajectoire politique vers les sommets, une trajectoire qui sonne comme une évidence.

Thierno DIALLO, envoyé spécial à Marseille

Maliza Said-Soilihi, comme une évidence!

Afrique Connection | 21 / 03 / 2014 à 14:27

Elle fait partie de cette génération de jeunes issus de la diversité qui veulent prendre toute leur place sur la scène politique française. Investie sur une liste UMP à Marseille, Maliza Said-Soilihi, d'origine comorienne, a toutes les chances de voir son coup d'essai transformé en coup de... maitresse, dans quelques jours. L'engagement de cette jeune femme, son cursus académique et professionnel, et l'ambition qu'elle s'est tracée la prédestinent à une carrière politique prometteuse. Ce qui serait tout sauf une surprise. Et pour cause !

« Je ne pourrais malheureusement pas rester longtemps parce que j'ai un autre rendez-vous après ! » Il est 20h30 lorsque Maliza Said-Soilihi s'est pointée à notre rendez-vous improvisé, au restaurant Teranga, pas loin de la célèbre Canebière. Elle a bien raison, elle n'a pas le temps. C'est déjà la nuit, mais sa journée est loin d'être terminée. Parce qu'elle doit poursuivre son chemin, pour aller à la pêche aux voix. Cette Française d'origine comorienne, née dans les quartiers nord de Marseille, un jour d'avril 1984, est en effet investie sur une liste UMP dans le 1er secteur de la deuxième ville de France. Elle figure en 6e position, une position éligible au Conseil municipal, si son camp remporte la mise. Il ne reste plus que quelques jours pour convaincre les électeurs à voter pour son camp. Alors, on comprend que cette mère de trois enfants soit pressée ; toutes les minutes comptent.

Après sa prise de conscience, Maliza doit résoudre une autre équation, celle du bon choix, le choix de la rasion.

C'est au retour de Paris où elle s'était établi pour les besoins d'une thèse à la Sorbonne, que Maliza a pris conscience qu'il était temps qu'elle se mette au service de sa cité, de son « bercail ». « J'ai retrouvé un secteur catastrophique. Ma famille habite dans le 1er arrondissement de Marseille, qui est le centre-ville. C'est un secteur abandonné. C'est sale, on a des problèmes liés à l'éducation, à la délinquance, et beaucoup d'autres qui me touchent en tant que mère de famille et native de Marseille », explique la jeune femme. « Je ne pouvais pas rentrer, voir ce qu'il se passe, et rester les bras croisés. J'ai alors décidé de m'engager », ajoute t-elle.

S'engager, se jeter dans la mare politique, oui ! Mais pas n'importe comment, et pas avec n'importe qui ? Après sa prise conscience, Maliza Said-Soilihi doit donc résoudre une autre équation, celle du bon choix, le choix de la raison. Elle aurait pu faire dans la tendance, en s'alignant tout de suite derrière la Gauche, comme les premières générations issues de l'immigration. Au contraire, elle a pris le temps de réfléchir, peser, sous-peser, comparer les programmes, mais surtout, faire une analyse fine de la géo-politique locale. Maliza est parvenue à faire cette conclusion, qui sonne comme une sentence pour le Parti socialiste (Ps). « La communauté urbaine, qui est en charge de la propreté de la ville, le conseil régional, qui est en charge du développement économique, le conseil général, et quatre mairies de secteurs sur huit, sont tous dans les mais de la gauche. Je me suis alors posé la question de savoir pourquoi ça ne fonctionne pas, alors que dans mon environnement, on entend toujours dire que la Gauche est mieux pour nous ? Je me suis également penché sur l'analyse du conseil municipal. Je suis allée écouter tous les camps », décortique la juriste.

Faisant fi des éventuelles incompréhensions de sa propre communauté, du genre « oh la la ! Elle a choisi la droite », Maliza portera finalement son choix sur le camp du maire UMP sortant, Jean-Claude Gaudin, dont le « pragmatisme » a été séduisant aux yeux de la franco-comorienne. Qui, dans un langage politique déjà rodé, ne se prive pas de lancer des piques à l'adversaire : « J'avais le sentiment que les membres de la diaspora, nos parents, se sont focalisés sur la gauche, mais j'aimerais bien savoir quel a été le retour de cette gauche; et je ne l'ai pas senti ». Elle dénonce aussi le clientélisme, qui serait érigé en modèle, à Gauche. Exemple : « Sur les 101 membres du conseil municipal de Marseille, 49 sont apparentés de gauche. Et sur ces 49, 13 sont « enfant de » ou « frère de ». C'est-à-dire que nos parents ont finalement aidé à consolider une certaine bourgeoisie, un certain clientélisme. Et ça, ce n'est pas convaincant ». A Droite, Maliza a, par contre, trouvé un camp qui valorise « la méritocratie » qui défend « les valeurs qui sont les miennes, à commencer par les valeurs de la famille ».

« On peut dire que je suis tombée dans la marmite, étant petite (...) Mon engagement coule de source». Le  second mari de sa mère, n'est personne d'autre que l'ancien Président de la Grande Comore.

Qui veut aller loin ménage sa monture ! Cet adage, la jeune femme, qui ambitionne d'offrir une « alternative » aux jeunes Marseillais défavorisés, se l'est approprié. Car c'est après un riche cursus académique et professionnel qu'elle a décidé mettre les pieds à l'étrier politique. Après un Master 1 de droit privé à la Sorbonne (2008), elle décroche, un an plus tard, un Master 2 de droit international, à l'Université Pierre Mendes France de Grenoble. Elle est spécialisée en médiation de l'Union Africaine, dans les conflits sécessionnistes.

Mais ceux qui connaissent cette jeune femme vous diront tout de suite que ce parcours qu'elle est en train de se frayer n'est qu'une suite logique dans sa lignée familiale. Car, il faut savoir que, même si ses premiers pas en politique n'interviennent « qu'à 29 ans », Maliza Said-Soilihi est née et a toujours baigné dans un environnement politique. Et pas n'importe lequel ! « On peut dire que je suis tombée dans la marmite, étant petite (...) Mon engagement coule de source», admet-elle d'ailleurs. Son grand-père a combattu pendant la 2e guerre mondiale pour libérer la France. Décoré par la République, il fut longtemps gaulliste, avant de « revoir son positionnement politique ». Mais son Cv n'a rien à voir avec celui de sa fille, Rallia Abdou, la mère de Maliza. Cette femme, qui a grandi à Marseille, est rentrée au Comores avec un Diplôme d'une école de commerce, pour surtout y mener une carrière...politique. Elle a été la première femme à se présenter aux élections législatives aux Comores. Dans ce pays, la mère de Maliza a tour à tour été Directrice de la Jeunesse et des Sports, Directrice de la télévision nationale, Directrice de la Coopération décentralisée, Commissaire au plan.

Docteur en économie, le père de Maliza, Youssouf Said, n'est pas moins loti. Ancien fonctionnaire international, il a démarré sa carrière dans son pays où il représentait le Programme des Nations-Unis pour le développement (PNUD). Par la suite, il fut notamment ambassadeur de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), l'ancêtre de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en Afrique de l'Ouest, à Genève, puis à Paris. Grâce au statut de son père, Maliza et ses sœurs seront amenées à déménager régulièrement et, par ricochet, changer d'école. Elles ont ainsi étudié aux Comores, au Gabon, en suisse, et en France. Leur père mettra fin à sa carrière internationale, afin de se stabiliser et d'entreprendre une carrière politique dans son pays : il sera tour à tour élu député, maire, vice-président de l'Assemblée nationale, avant d'exercer des fonctions ministérielles.

Le beau –père de Maliza, le second mari de sa mère, en l'occurrence Mohamed Abdoul Wahab, n'est personne d'autre que l'ancien Président de la Grande Comore. Formé à l'ENM de Bordeaux, c'est en 2007 qu'il a été élu Président, avant de démissionner en 2010, soit à mi-mandat, pour organiser des élections anticipées. Auparavant, Mohamed Abdoul Wahab avait assuré plusieurs fonctions ministérielles. Si ces « deux pères » l'ont « façonnée », Mohamed Abdoul Wahab a, visiblement, eu beaucoup d'influence sur la petite Maliza. « C'est lui qui m'a poussée à faire des études de droit », précise t- elle. Toutefois, la jeune femme botte en touche quand on la demande si, dans son parcours, elle bénéficie d'un coup de pouce de ses parents. « Mes parents ont l'habitude de me dire « va te faire dans le panier à crabes, fais-toi, assumes-toi », lance t-elle dans éclat de rire.

Preuve qu'elle reste attachée à ses origines, Maliza, à seulement 29 ans, travaille actuellement sur la réforme de la Constitution des Comores

À voir donc la carrière politique de ses parents au « bled », on peut être tenté de croire que ses premiers pas dans la bataille pour la Mairie de Marseille conduiront un jour la jeune juriste vers les Comores. Tous les signaux conduisent à ne pas écarter cette hypothèse, même si elle n'est pas forcément planifiée.

D'abord, du fait de son parcours administratif et professionnel. Maliza a déjà été, de 2010 à 2011, Secrétaire générale au ministère de la Fonction publique des Comores, où elle coordonnait les quatre directions générales du département avec ses 37 agents. Un an plutôt, elle était chargée de mission à la présidence de l'Île autonome de Ngazidja (Comores). Sur le plan purement professionnel, Maliza a créé en 2010 Djuwa TV, une chaîne de télévision à vocation régionale, avec à la clé, 16 emplois. Il y anime une émission politique.

Il y a ensuite les propositions les approches de certains partis politiques comoriens qui cherchent à « enrôler » la jeune femme sur leurs listes pour les élections législatives, ou même pour battre campagne pour la présidentielle. Toutes pressions qui peuvent, qui sait, la laisser tenter à faire le grand saut en arrière.

Du point de vue projet aussi, Maliza donne la preuve qu'elle reste très attachée à son pays d'origine. Parallèlement à ses engagements professionnels et familiaux, elle cherche également, à seulement 29 ans, à apporter sa pierre à l'édifice de la démocratie comorienne, en lui taillant une constitution digne de ce nom. En effet, son sujet de thèse à la Sorbonne de Paris porte ce sujet : «Les institutions politiques comoriennes face à la dualité du pouvoir exécutif». S'érigeant en avocate de la cause des femmes de son pays d’origine, la jeune juriste a par ailleurs traité et soumis aux autorités comoriennes cette thématique : Projet de loi constitutionnelle en faveur de la représentation équilibrée des femmes et des hommes dans le secteur décisionnel politique et économique. Mais « cette réforme ne vient pas », peste t-elle. 

Alors, sur la foi de tous ces paramètres, peut-on conclure que la jeune femme finira un jour par faire de la politique aux Comores ? À cette question, Maliza coupe, sur une voix basse : « À ce jour, je désire exclusivement me consacrer à Marseille. On ne dit pas à une fontaine je ne boirai pas de ton eau, mais ce n'est pas à l'ordre du jour. Il y a déjà mes parents qui se consacrent là-bas, donc moi je me consacre ici.» « Mon engagement, insiste t-elle, je l'ai décidé de le faire en France, alors que mes parents, eux, c'est aux Comores. C'est parce que je suis née ici, j'ai grandi ici, mes enfants aussi. » En effet, pour elle, même en s'engageant politiquement en France elle peut être utile aux Comoriens : « Je pense que ce que je fais ici peut avoir de l'influence là-bas. Symboliquement, le fait qu'il ait des jeunes issus de la communauté comorienne qui s'engagent montre une autre image que celle qu'on veut bien montrer de nous ici. Ça peut jouer aussi. » C'est même déjà le cas. Puisque, pour ces élections locales, à l'instar, de Maliza, ils sont 70 Comoriens d'origine à être investis sur les différentes listes de la cité phocéenne.

En tous les cas, que ce soit à Marseille, au niveau national en France, ou aux Comores ( ?), sans risque de se tromper, ce premier face à face de Maliza Said-Soilihi avec les électeurs n'est pas le dernier. On voit mal ce qui pourrait la détourner de sa trajectoire politique vers les sommets, une trajectoire qui sonne comme une évidence.

Thierno DIALLO, envoyé spécial à Marseille

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