Liliam Thuram: "Ça m'a fait mal"

Afrique Connection | 22 / 02 / 2014 à 09:54

Si vous vous vivez en France, vous avez sans doute vécu cette situation. Ce sont des mots banalisés, mais ils font mal. Et ils en disent long sur l’état d’esprit de ceux qui les prononcent. Le racisme ordinaire, il se manifeste au quotidien, dans tous les pans de la société, est vécu par toutes les communautés. Citoyen lambda, sportifs, artistes, politiques, personne n’y échappe. Pour combattre ce fléau, le groupe de télévision public français, France Télévision, a creusé l’abcès, début février, en menant une campagne dans ce sens. Afrique Connection vous propose quelques-uns des témoignages parus sur la plateforme consacrée à l’évènement.

Anonyme :

« J'étais en cours d'espagnol et on parlait de la manière dont nos parents se sont rencontrés. Je précise que je suis la seule noire de ma classe. A un moment, un de mes camarades me dit en riant: "Ton père a acheté combien ta mère?" Ça m'a blessée mais j'ai pris sur moi je lui ai expliqué le principe de la dote. Quelques instants plus tard, il me dit: " Est-ce que vous vivez encore dans des huttes en terre et en paille?" C'était trop. Je n'ai rien dit, je l'ai fusillé du regard et il a compris qu'il avait dépassé les bornes »

Élise : 
« Avant d'arriver en France en 2005, je ne m'étais jamais posé la question d'identification à une couleur de peau. Bien que métisse, je n'avais jamais eu besoin de me définir en tant que telle. Jamais eu besoin de répondre à des questions concernant mes origines. Origines atypiques certes mais appartenant à la sphère privée. Deux petites anecdotes parmi tant d'autres : 

1. Je me lie d'amitié avec un doctorant comme moi en biologie. Il est libanais et appréhende toujours de mettre un survêt pour aller faire du jogging : "Je vais faire peur à certains."

2. Il y a quelque temps à une soirée, après la sempiternelle question de mes origines.

- Je mettrais ma main au feu que tu ne sors qu'avec des noirs.

Et moi dans toute ma naïveté te rétorquer : Pourquoi ? 

- Comme t'es métisse et que t'as l'air un peu rebelle. Ce serait logique non ?

Sans commentaires »

Aïssa :
« Soirée avec des amis, tout le monde s'amuse, et moi compris, jusqu'à ce qu'une amie de l'hôte vienne me voir pour me demander de changer la musique. Quand je lui demande pourquoi alors qu'elle insiste quand bien même je n'en ai (vraiment) pas envie (après tout elle aurait pu entendre parler de mes excellents goûts musicaux haha), elle me répond "parce que vous les keublas vous mettez toujours de la musique du soleil..."

Ce soir là, j'ai décidé de ne pas me taire et de la mettre face au racisme latent qui se cache derrière sa réflexion. Après tout si ça peut éduquer. Mais ses réponses "tu vois le racisme partout", et ce n'est pas raciste parce qu'elle a "plein d'amis keublas" (sic) me font penser que c'est une cause perdue. »

Anne : 
« Je suis animatrice Yves Saint Laurent. La semaine dernière une cliente arrive et ma collègue la dirige vers moi en lui précisant que je saurais mieux la conseiller que n'importe qui sur cette marque. Sa réaction: "Ils embauchent des gens comme vous pour représenter une marque aussi prestigieuse? Je préfère voir avec quelqu'un d'autre, une française bien sûr, j'ai trop peur que vous ne m'arnaquiez!" (Je suis réunionnaise --") Me sentant désemparée, j'ai pris mes affaires et je suis rentrée chez moi » 

Xavibes : 
« Né en Guadeloupe et arrivé à Paris en 1995. J'ai évolué dans mon parcours professionnel entre écoles d'arts, agences de pub et depuis 2004 à mon compte. Le résultat de mon travail a toujours étonné certains. Pourquoi ? Parce qu'en tant qu'Antillais, j'étais à l'inverse des clichés que l'on nous colle : l'antillais est fainéant, l'antillais est assisté, l'antillais est lent, l'antillais est en retard... et j'en passe. Quand à l'image ethnique dans la pub, en parler en 2 lignes ne suffirait pas.

Dans mon travail de photographe, j'ai toujours été porté naturellement sur un brassage ethnique et culturel, tout simplement le reflet de notre société et du monde actuel. On m'a souvent fait la remarque que mes photos étaient trop colorées (bien sûr au sens ethnique) et que si je voulais mieux travailler qu'il faudrait estomper un peu (beaucoup) ses nuances de couleurs. Chose que j'ai effectivement pu constater chez certains de mes confrères photographes.

On m'a demandé un jour, pourquoi je prenais en photo beaucoup de gens "typés". J'ai tout simplement répondu "parce que d'autres photographes ne font qu'un type de personne. »

Sékou :
« Pendant ma première année d'université quand je suis arrivé en France en 2011, une fille m'a demandé si "chez nous on chassait encore avec des lances pour se nourrir et si les femmes étaient toujours torse nu". Ma réponse fut "consulte Google" pour qu'elle dorme moins idiote le soir. « 

Vava : 
« - Et tu es de quelle origine ? 

- Française.

- Non mais... *fait un signe montrant mon visage*

- Les Antilles FRANÇAISES

- OOOh le soleil, la chaleur, vous êtes toujours heureux vous ! :)

- Nan, on a des problèmes sociaux et économiques et...

* là, la personne ne m'écoute plus * »

La Mexicana :
« Cela fait 3 ans que je suis en France, mariée à un français, d'origine mexicaine. J'ai deux enfants. Ma fille ainée, vraiment mexicaine, a subi des propos racistes à l'école et c'est triste que les enfants apprennent cela à cet âge là. Et que dire de moi, toujours des préjugés, de la discrimination, la pharmacienne, la factrice, la caissière du supermarché, la famille de mon mari. Au début cela me faisait terriblement mal. Je n'avais jamais eu ce genre de problèmes à cause de mes origines. Être différente ne m'avait jamais posé des soucis, en ayant autant voyagé. Je suis intelligente, je parle très bien le français, et c'est sans cesse que j'entends dire: "ah dis donc, tu parles très bien le français", "ne sors pas ton machete", "tu as de la chance avec ce soleil d'été". Bref, ça fatigue même si des fois ce sont des flatteries »

Source : France Télévisions

Liliam Thuram: "Ça m'a fait mal"

Afrique Connection | 22 / 02 / 2014 à 09:54

Si vous vous vivez en France, vous avez sans doute vécu cette situation. Ce sont des mots banalisés, mais ils font mal. Et ils en disent long sur l’état d’esprit de ceux qui les prononcent. Le racisme ordinaire, il se manifeste au quotidien, dans tous les pans de la société, est vécu par toutes les communautés. Citoyen lambda, sportifs, artistes, politiques, personne n’y échappe. Pour combattre ce fléau, le groupe de télévision public français, France Télévision, a creusé l’abcès, début février, en menant une campagne dans ce sens. Afrique Connection vous propose quelques-uns des témoignages parus sur la plateforme consacrée à l’évènement.

Anonyme :

« J'étais en cours d'espagnol et on parlait de la manière dont nos parents se sont rencontrés. Je précise que je suis la seule noire de ma classe. A un moment, un de mes camarades me dit en riant: "Ton père a acheté combien ta mère?" Ça m'a blessée mais j'ai pris sur moi je lui ai expliqué le principe de la dote. Quelques instants plus tard, il me dit: " Est-ce que vous vivez encore dans des huttes en terre et en paille?" C'était trop. Je n'ai rien dit, je l'ai fusillé du regard et il a compris qu'il avait dépassé les bornes »

Élise : 
« Avant d'arriver en France en 2005, je ne m'étais jamais posé la question d'identification à une couleur de peau. Bien que métisse, je n'avais jamais eu besoin de me définir en tant que telle. Jamais eu besoin de répondre à des questions concernant mes origines. Origines atypiques certes mais appartenant à la sphère privée. Deux petites anecdotes parmi tant d'autres : 

1. Je me lie d'amitié avec un doctorant comme moi en biologie. Il est libanais et appréhende toujours de mettre un survêt pour aller faire du jogging : "Je vais faire peur à certains."

2. Il y a quelque temps à une soirée, après la sempiternelle question de mes origines.

- Je mettrais ma main au feu que tu ne sors qu'avec des noirs.

Et moi dans toute ma naïveté te rétorquer : Pourquoi ? 

- Comme t'es métisse et que t'as l'air un peu rebelle. Ce serait logique non ?

Sans commentaires »

Aïssa :
« Soirée avec des amis, tout le monde s'amuse, et moi compris, jusqu'à ce qu'une amie de l'hôte vienne me voir pour me demander de changer la musique. Quand je lui demande pourquoi alors qu'elle insiste quand bien même je n'en ai (vraiment) pas envie (après tout elle aurait pu entendre parler de mes excellents goûts musicaux haha), elle me répond "parce que vous les keublas vous mettez toujours de la musique du soleil..."

Ce soir là, j'ai décidé de ne pas me taire et de la mettre face au racisme latent qui se cache derrière sa réflexion. Après tout si ça peut éduquer. Mais ses réponses "tu vois le racisme partout", et ce n'est pas raciste parce qu'elle a "plein d'amis keublas" (sic) me font penser que c'est une cause perdue. »

Anne : 
« Je suis animatrice Yves Saint Laurent. La semaine dernière une cliente arrive et ma collègue la dirige vers moi en lui précisant que je saurais mieux la conseiller que n'importe qui sur cette marque. Sa réaction: "Ils embauchent des gens comme vous pour représenter une marque aussi prestigieuse? Je préfère voir avec quelqu'un d'autre, une française bien sûr, j'ai trop peur que vous ne m'arnaquiez!" (Je suis réunionnaise --") Me sentant désemparée, j'ai pris mes affaires et je suis rentrée chez moi » 

Xavibes : 
« Né en Guadeloupe et arrivé à Paris en 1995. J'ai évolué dans mon parcours professionnel entre écoles d'arts, agences de pub et depuis 2004 à mon compte. Le résultat de mon travail a toujours étonné certains. Pourquoi ? Parce qu'en tant qu'Antillais, j'étais à l'inverse des clichés que l'on nous colle : l'antillais est fainéant, l'antillais est assisté, l'antillais est lent, l'antillais est en retard... et j'en passe. Quand à l'image ethnique dans la pub, en parler en 2 lignes ne suffirait pas.

Dans mon travail de photographe, j'ai toujours été porté naturellement sur un brassage ethnique et culturel, tout simplement le reflet de notre société et du monde actuel. On m'a souvent fait la remarque que mes photos étaient trop colorées (bien sûr au sens ethnique) et que si je voulais mieux travailler qu'il faudrait estomper un peu (beaucoup) ses nuances de couleurs. Chose que j'ai effectivement pu constater chez certains de mes confrères photographes.

On m'a demandé un jour, pourquoi je prenais en photo beaucoup de gens "typés". J'ai tout simplement répondu "parce que d'autres photographes ne font qu'un type de personne. »

Sékou :
« Pendant ma première année d'université quand je suis arrivé en France en 2011, une fille m'a demandé si "chez nous on chassait encore avec des lances pour se nourrir et si les femmes étaient toujours torse nu". Ma réponse fut "consulte Google" pour qu'elle dorme moins idiote le soir. « 

Vava : 
« - Et tu es de quelle origine ? 

- Française.

- Non mais... *fait un signe montrant mon visage*

- Les Antilles FRANÇAISES

- OOOh le soleil, la chaleur, vous êtes toujours heureux vous ! :)

- Nan, on a des problèmes sociaux et économiques et...

* là, la personne ne m'écoute plus * »

La Mexicana :
« Cela fait 3 ans que je suis en France, mariée à un français, d'origine mexicaine. J'ai deux enfants. Ma fille ainée, vraiment mexicaine, a subi des propos racistes à l'école et c'est triste que les enfants apprennent cela à cet âge là. Et que dire de moi, toujours des préjugés, de la discrimination, la pharmacienne, la factrice, la caissière du supermarché, la famille de mon mari. Au début cela me faisait terriblement mal. Je n'avais jamais eu ce genre de problèmes à cause de mes origines. Être différente ne m'avait jamais posé des soucis, en ayant autant voyagé. Je suis intelligente, je parle très bien le français, et c'est sans cesse que j'entends dire: "ah dis donc, tu parles très bien le français", "ne sors pas ton machete", "tu as de la chance avec ce soleil d'été". Bref, ça fatigue même si des fois ce sont des flatteries »

Source : France Télévisions

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