José Mario Vaz alias, l'ancien barman devenu Président dans son pays

Afrique Connection | 22 / 05 / 2014 à 09:43

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José Mario Vaz alias, élu Président de Guinée-Bissau le dimanche 18 mai 2014.

Élu président de Guinée-Bissau, dimanche 18 mai, José Mario Vaz, fut, un temps de sa vie, gérant d'un bar dans une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise.

Ailleurs, on aurait crié au scandale. Qu’importe ! Si l’Amérique puritaine a propulsé au bureau Ovale un Cow-boy, ancien acteur du nom de Ronald Reagan pendant  que  la grande île de Madagascar confiait son  destin à un disc-jockey, alors la Guinée-Bissau peut bien fermer les yeux lorsqu’un ancien gérant de bar décide d’emprunter  le  long boulevard qui mène vers la présidence de la République. José Mario Vaz alias «Jomav» l’a fait. Pourtant, au petit matin d’hier lundi, personne ne se doutait dans la commune de Djeddah-Thiaroye-Kao que le propriétaire du mythique «Saf Bar» situé sur la route qui relie le croisement «Tally Boumack» au Tribunal départemental de Pikine-Guédiawaye  et dont les  riverains  se sont toujours  battus pour  qu’il soit fermé, allait connaître une ascension fulgurante. Dans le bar, derrière le comptoir, un homme aux biceps que peine à contenir un T-shirt bleu  sursaute lorsqu’on lui apprend la bonne nouvelle. Il était 18 heures.

De «Saf bar» à Bar Jomav. Agrippés au bar, trois types, certainement des malfrats, veulent se faire passer pour des durs. Non loin, une fille un peu difforme, le teint noirci par la fumée de la cigarette tente désespéramment d’attirer les regards sur un corps frêle, recouvert en partie juste par un haut. C’est encore la mise en train. Peut-être dans la nuit, lorsque l’alcool aura fini de couler à flots, plongeant tous les occupants du bar dans les vapes, cette belle (ou belle de nuit) pourra enfin trouver quelqu’un qui s’intéresse à elle. En attendant, le barman qui refuse de décliner son identité manifeste sa joie, l’index pointé sur l’effigie de Jomav placardée sur un mur à l’entrée du bar à droite. Non loin sur le même mur, des écrits qui font sourire : «Jomav aime la tranquillité.» En tête-à-tête, le barman daigne enfin lever un coin sur la véritable identité de Jomav. «C’est un homme de défis. Il a acquis le bar en 2010. Les lieux étaient encore dans un état délabré. C’est alors qu’il a entrepris de tout changer jusqu’au nom. Le nom de Saf-Bar qui était très chargé, il l’a changé et le bar est devenu bar Jomav.»

N’empêche, c’est toujours «Saf-Bar» qui est resté collé à ce lieu où bien des crimes et des cambriolages ont été planifiés par des bandes de malfaiteurs. «Nous sommes une vingtaine de personnes à travailler dans ce bar et Jomav vient toujours nous voir s’il est de passage à Dakar. Sinon, nous dépêchons le nouveau gérant à l’aéroport lorsque Jomav transite par Dakar», affirme le barman. Qui informe qu’avec la recrudescence de la violence et la vague de contestations des riverains, «Saf-Bar» baisse désormais les rideaux à minuit. Au dehors, c’est une bâtisse dressée sur deux étages. «Jomav voulait transformer le bâtiment, le rez-de-chaussée allait  continuer d’abriter le bar, il avait prévu d’installer un restau et un dancing au premier et deuxième étage»,  souffle le barman.

Rapports heurtés avec les riverains. Un projet qui s’est heurté à une farouche résistance des populations. «Elles ont pensé que les deux étages allaient abriter un hôtel ou une auberge.» Depuis, les relations entre Jomav et certains parmi les riverains du bar sont devenus très heurtés. Plus d’une fois, des marches ont été organisées pour réclamer la fermeture du bar. En vain. Homme de défis, Jomav continue de tenir par ses deux bras, Saf-Bar au quartier de Medinatoul Mounawar !!! Un quartier où les avis ne sont plus aussi tranchés. Si d’aucuns comme ce réparateur de motos dont l’atelier jouxte le bar estiment que la cohabitation avec Saf-Bar peut bien se faire, d’autres campent sur leur position et ne désespèrent pas de voir «Saf-Bar» baisser rideaux définitivement. En attendant sur les deux étages, les derniers travaux sont momentanément arrêtés. Au rez  de chaussée, l’alcool continue de couler à flots, comme à Bissau, pour fêter la victoire de Jomav.

L'Observateur (Sénégal)

José Mario Vaz alias, l'ancien barman devenu Président dans son pays

Afrique Connection | 22 / 05 / 2014 à 09:43

Élu président de Guinée-Bissau, dimanche 18 mai, José Mario Vaz, fut, un temps de sa vie, gérant d'un bar dans une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise.

Ailleurs, on aurait crié au scandale. Qu’importe ! Si l’Amérique puritaine a propulsé au bureau Ovale un Cow-boy, ancien acteur du nom de Ronald Reagan pendant  que  la grande île de Madagascar confiait son  destin à un disc-jockey, alors la Guinée-Bissau peut bien fermer les yeux lorsqu’un ancien gérant de bar décide d’emprunter  le  long boulevard qui mène vers la présidence de la République. José Mario Vaz alias «Jomav» l’a fait. Pourtant, au petit matin d’hier lundi, personne ne se doutait dans la commune de Djeddah-Thiaroye-Kao que le propriétaire du mythique «Saf Bar» situé sur la route qui relie le croisement «Tally Boumack» au Tribunal départemental de Pikine-Guédiawaye  et dont les  riverains  se sont toujours  battus pour  qu’il soit fermé, allait connaître une ascension fulgurante. Dans le bar, derrière le comptoir, un homme aux biceps que peine à contenir un T-shirt bleu  sursaute lorsqu’on lui apprend la bonne nouvelle. Il était 18 heures.

De «Saf bar» à Bar Jomav. Agrippés au bar, trois types, certainement des malfrats, veulent se faire passer pour des durs. Non loin, une fille un peu difforme, le teint noirci par la fumée de la cigarette tente désespéramment d’attirer les regards sur un corps frêle, recouvert en partie juste par un haut. C’est encore la mise en train. Peut-être dans la nuit, lorsque l’alcool aura fini de couler à flots, plongeant tous les occupants du bar dans les vapes, cette belle (ou belle de nuit) pourra enfin trouver quelqu’un qui s’intéresse à elle. En attendant, le barman qui refuse de décliner son identité manifeste sa joie, l’index pointé sur l’effigie de Jomav placardée sur un mur à l’entrée du bar à droite. Non loin sur le même mur, des écrits qui font sourire : «Jomav aime la tranquillité.» En tête-à-tête, le barman daigne enfin lever un coin sur la véritable identité de Jomav. «C’est un homme de défis. Il a acquis le bar en 2010. Les lieux étaient encore dans un état délabré. C’est alors qu’il a entrepris de tout changer jusqu’au nom. Le nom de Saf-Bar qui était très chargé, il l’a changé et le bar est devenu bar Jomav.»

N’empêche, c’est toujours «Saf-Bar» qui est resté collé à ce lieu où bien des crimes et des cambriolages ont été planifiés par des bandes de malfaiteurs. «Nous sommes une vingtaine de personnes à travailler dans ce bar et Jomav vient toujours nous voir s’il est de passage à Dakar. Sinon, nous dépêchons le nouveau gérant à l’aéroport lorsque Jomav transite par Dakar», affirme le barman. Qui informe qu’avec la recrudescence de la violence et la vague de contestations des riverains, «Saf-Bar» baisse désormais les rideaux à minuit. Au dehors, c’est une bâtisse dressée sur deux étages. «Jomav voulait transformer le bâtiment, le rez-de-chaussée allait  continuer d’abriter le bar, il avait prévu d’installer un restau et un dancing au premier et deuxième étage»,  souffle le barman.

Rapports heurtés avec les riverains. Un projet qui s’est heurté à une farouche résistance des populations. «Elles ont pensé que les deux étages allaient abriter un hôtel ou une auberge.» Depuis, les relations entre Jomav et certains parmi les riverains du bar sont devenus très heurtés. Plus d’une fois, des marches ont été organisées pour réclamer la fermeture du bar. En vain. Homme de défis, Jomav continue de tenir par ses deux bras, Saf-Bar au quartier de Medinatoul Mounawar !!! Un quartier où les avis ne sont plus aussi tranchés. Si d’aucuns comme ce réparateur de motos dont l’atelier jouxte le bar estiment que la cohabitation avec Saf-Bar peut bien se faire, d’autres campent sur leur position et ne désespèrent pas de voir «Saf-Bar» baisser rideaux définitivement. En attendant sur les deux étages, les derniers travaux sont momentanément arrêtés. Au rez  de chaussée, l’alcool continue de couler à flots, comme à Bissau, pour fêter la victoire de Jomav.

L'Observateur (Sénégal)

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