MIGRANTS COINCÉS EN LIBYE

RAPATRIEMENT : LE DILEMME MAROCAIN

Afrique Connection | 27 / 12 / 2017 à 10:11

Fin novembre, l'opinion marocaine s'indignait du fait que leurs autorités tardaient à rapatrier leurs fils, frères, sœurs migrants bloqués dans la jungle libyenne et à la merci des réseaux de la terreur. Les autorités veulent bien sauver les siens. Sauf qu'elles sont toujours confrontées à un véritable dilemme..

Comment sauver des compatriotes maltraités, réduits à l'esclavage dans un pays étranger, et les ramener au bercail sans pour autant mettre à mal la sécurité de son propre pays ? Comment donc rapatrier au pays les migrants marocains coincés en Libye sans pour autant ramener avec eux des terroristes ? Comment donc atténuer la colère et l'indignation des familles, qui ne comprennent pas pourquoi on tarde à rapatrier leurs enfants, tout en satisfaisant la sacro-sainte exigence de la sécurité publique?

C'est là toutes les questions qui intriguent depuis quelques mois les autorités marocaines. Et qui mettent en veille les services de renseignement et de l'immigration du royaume chérifien. C'est dire donc tout le dilemme.

Ce dilemme est la cause de la réaction tardive des autorités face à l'appel au secours de leurs compatriotes maltraités en Libye. En effet, comme les autorités redoutaient une infiltration des terroristes, il fallait prendre toutes les mesures de vérification nécessaires. S'assurer donc, qu'en sauvant ses compatriotes, on ne va pas importer chez soi le mal libyeni. Et ce mal libyen rime surtout avec terrorisme. 

Dans un non man's land où s'entre-mêlent réseaux terroristes, mafieux, maîtres de la terreur, passeurs, et migrants en détresse, il est difficile de savoir qui est qui, qui fait quoi. Séparer le bon grain de l'ivraie nécessite des vérifications très poussées, des précautions. Et du temps donc.

"Le BCIJ craint que des activistes de Daesh ne profitent de ces vagues de rapatriement pour s’infiltrer au royaume"

Déjà, il y a eu deux vagues de rapatriement, une fin août et une début décembre. À chaque fois, la procédure mise en place est la suivante : prélèvement des empreintes des individus se déclarant Marocains, afin de vérifier leur identité; production de laissez-passer - ainsi que des passeports, pour ceux qui n'en disposent plus. Toutes ces procédures préliminaires ont été effectuées à Zouara, en Libye, par la Direction marocaine des affaires consulaires et sociales relevant du ministère des Affaires de la migration.

Même après ces étapes de vérifications, pour ne pas dire de recensement, le rapatriement ne se fait pas immédiatement. Sans doute que les autorités prennent le temps qu'il faut pour confronter les empreintes prélevées avec le fichier national marocain, pour savoir par exemple s'il n'y a pas parmi eux des terroristes de Daesh.

Mais le long délai peut aussi s'expliquer par le temps que prend la production des documents. « En août, lors de la précédente opération de rapatriement, un délai de vingt jours avait été nécessaire avant l'obtention de ces documents. », relève le journal marocain Telquel.

« C’est une opération qu’il faut mener avec prudence », concède une source sécuritaire interrogée par notre confrère Jeune Afrique.

« Le Bureau central d’investigation judiciaire (BCIJ) s’intéresse de près aux Marocains retenus en Libye. Il craint que des activistes de Daesh ne profitent de ces vagues de rapatriement pour s’infiltrer au royaume », confie une source du ministère des Affaires de la migration citée par notre confrère.

Toutes ces mesures et précautions d'usage des autorités marocaines ont ainsi eu pour effet, dans un premier temps, de retarder le début des opérations de rapatriement, et, dans un second, de ralentir le rythme de celles-ci. Aujourd'hui, la troisième vague, qui concerne plus de 300 migrants, se fait toujours désirer. Les vérifications sur place étant en cours.

Thierno DIALLO, Afrique Connection

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